E-Santé : comment appréhender le "new normal" ?

Par : Jérémie Jakubowicz
7 septembre 2021
Temps de lecture : 6 min
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Conséquence de la pandémie, la santé fait aujourd’hui partie de nos préoccupations majeures et ce domaine a considérablement évolué en l’espace d’un an. Plus que jamais, la digitalisation de ce secteur s’est avérée incontournable, faisant émerger de nouveaux usages. Pascal Malotti, Business Development & Strategy Director chez Valtech France, présente les spécificités du “nouveau normal” dans la e-santé. Interview.

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HUB Institute : Quelles sont les grandes transformations du secteur de la santé ? 

Pascal Malotti-ValtechPascal Malotti : Les grandes transformations du secteur de la santé sont avant tout technologiques. Elles englobent à la fois les processus d’innovations, pour par exemple soigner des pathologies, mais également tout ce qui est lié à la technologie ARN dans le cadre des vaccins. Sur cette dernière, on entend souvent que l’on manque de recul mais c’est sans savoir que la technologie a plus de 40 ans et que, dans le cas des vaccins contre la COVID-19, elle s’appuie sur des données liées au traitement du SARS.

Quand je parle de la technologie, je fais également référence aux nouveaux devices, comme l’Apple Watch, utilisés à des fins médicales. Nous savons qu’un jour ces devices intègrent des capteurs de glucoses, permettant aux utilisateurs de repérer si oui ou non ils ont du diabète. Il s’agit encore d’une approche Big Data, qui est de plus en plus présente dans le monde de la santé, accroissant l’efficacité des recherches tout en apportant des modèles de plus en plus prédictifs, pour mieux anticiper les risques. D’autres technologies, comme la réalité augmentée pour la formation des médecins ou la blockchain pour la sécurisation des données sont aussi des sujets qu’il faut prendre en compte.

Enfin, relevons la digitalisation des structures d’accueil comme les hôpitaux. Et sur ce sujet, je crois que nous pouvons être optimistes quant à la capacité à proposer des parcours patients sans couture. En 2020, les investissements dans le secteur des BioTechs ou des HealthTechs ont été significativement plus importants que ceux faits dans les FinTechs. Ces investissements vont permettre de faire des insertions à des endroits donnés du parcours patient avec, une amélioration progressive des expériences à l’image de la télémédecine.

Dernièrement, j'ai dû faire une mini-intervention chirurgicale et toute la préparation s'est faite à distance avec le médecin, le responsable et l'anesthésiste. Donc il y a des choses comme ça, qui progressivement vont s'améliorer

- Pascal Malotti, directeur Business Development & Strategy (Valtech France) 

HUB Institute : Comment définissez-vous le nouveau normal à l'échelle de la société ? Et à l'échelle du secteur de la santé ?

PM : Les études disent que la santé constitue aujourd’hui la priorité des Français. À l’échelle de la société, la crise sanitaire nous a fait prendre conscience que des choses que l’on pensait acquise ne l'étaient finalement pas, et que d’autres éléments qui n’étaient pas obligatoires font désormais partie de notre quotidien. Je pense aux tests mais également aux masques. C'était quelque chose que l’on faisait rarement ou sur prescription médicale, et tout d'un coup nous avons appris à nous "autogérer". Je pense que progressivement, nous nous dirigeons vers une certaine autonomie des différents acteurs du monde de la santé, et ce jusqu’au patient.

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Appliquée au secteur, cette nouvelle normalité permet aux patients de récolter davantage de données sur leur état de santé mais également de mieux gérer cette dernière. Pour répondre à ces nouveaux enjeux, les acteurs du monde de la santé sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à se tourner vers des business models de type "plateforme", qui vont permettre aux patients de se gérer de manière autonome. Cependant, l’interopérabilité des données et des plateformes est encore un aspect à renforcer, de manière à ce que le patient n'ait par exemple pas à re-fournir ses documents à chaque interlocuteur.

HUB Institute : La e-santé est-elle en train de se démocratiser ou y a t-il encore un travail de sensibilisation à faire, notamment auprès de la population vieillissante, considérée comme plus fragile ?  

PM : Avant toute chose, il convient de dire que le terme "e-santé" regroupe une multitude de pratiques. Si les plateformes telles que Doctolib sont à mon sens un progrès, attention toutefois à ne pas laisser certains publics sur le bord de la route : les personnes âgées par exemple peuvent s’avérer réticentes, car elles n’ont pas les codes du digital. Dans ce cas précis, l’accompagnement par les proches s’avère crucial. Outre les plateformes, de nombreux devices se sont développés comme l’Apple Watch, cité précédemment. Il y a eu un effet de bascule avec ces outils connectés, puisqu’ils s’adressent davantage à des jeunes adultes à partir de la trentaine soucieux de leur santé plutôt qu’à des adolescents. Mais les personnes au-delà de 60 ans suivent également quelques données précises comme celles liées à leur cœur, au diabète ou au cholestérol.

Pour aller plus loin : "Les piliers de la santé connectée : Réalité virtuelle & réalité augmentée et assistant robotique (2/3)"

De nombreuses startups se positionnent sur des niches du marché à l’image de Natural Cycles qui propose une application fonctionnant avec un thermomètre pouvant mesurer la fertilité des femmes : cela fonctionne sans prescription médicale ni médication et ce dispositif a été approuvé par les autorités de santé aux Etats-Unis. En résumé, il s’agit d’un processus de démocratisation et d’adoption des usages qui renforce la solidarité entre les personnes plus jeunes et les plus âgées car il est impératif de les aider.

HUB Institute : Depuis 1 an, le secteur de la santé s’est adapté très rapidement pour répondre à la crise sanitaire, quelles seront les prochaines évolutions dans le secteur de la santé ?

PM : Quand on parle avec un acteur du monde de la santé, il est parfois nécessaire de les challenger sur les sujets de l’innovation et de l’expérience client. Et pour cause : ces derniers ont longtemps été enfermés dans un modèle B2B, qui ne met que peu le client/patient au centre. Cependant, les lignes bougent peu à peu. Chez Valtech, nous le voyons au quotidien avec des acteurs tels que BioMerieux, que nous accompagnons, et qui possède une démarche sérieuse pour mettre le client au centre.

Je pense qu'il va y avoir une accélération dans le processus de validation autour de nouveaux traitements. Nous le voyons bien avec la Covid : il faut aller vite sans faire n'importe quoi.

- Pascal Malotti, directeur Business Development & Strategy (Valtech France) 

Toutefois, entre des processus qui duraient parfois des années et la capacité à répondre en 2-3 mois comme ce fut le cas avec les vaccins, je pense qu’il y aura des facteurs d’accélération très importants qui vont perdurer en fonction des zones géographiques car nous avons compris que la prévention était essentielle.

Les Etats doivent jouer un rôle important sur la prévention tout en gardant cette logique de décentralisation des différents corps intermédiaires en fonction de l’échelle. Pour conclure, Il y a eu une accélération de ce qui aurait dû être fait mais cette période nous a poussé à réagir plus vite et à mieux optimiser tous les processus.


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Titulaire d’une licence en audiovisuel et d’un Master en stratégie digitale, Jérémie se passionne pour les sujets digitaux. Son expérience dans la gestion de projet et son aisance rédactionnelle lui permettent de détecter et décrypter les grandes tendances de la Next Economy.