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Economie circulaire : deux expériences probantes dans l’univers de la consigne

Par : Nathalie Marx
2 janvier 2020
Temps de lecture : 4 min
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Point sensible du projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire, la consigne a donné lieu à un débat heurté ces derniers mois. Après le rejet du projet de dispositif pour le recyclage des bouteilles en plastique au Sénat, fin septembre, le gouvernement a choisi de privilégier des "expérimentations" sur les "territoires volontaires" pour une mise en place à l’horizon 2023. Nul n’est besoin d’attendre les premiers retours d’expérience pour constater que le tri des bouteilles en points d’apports volontaires donne déjà de bons résultats en France.

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Alsace Consigne ressuscite la consigne du verre dans le Grand Est

L’expérience de la consigne dans les territoires volontaires a déjà lieu. Dans un périmètre comprenant les deux départements de l’ancienne région Alsace, la Moselle et les Vosges, plusieurs entreprises régionales et l’association Zéro Déchet Strasbourg (groupe local de Zero Waste France) se sont unies en avril 2019 pour créer le réseau Alsace Consigne. Objectif de ce collectif multi-acteurs ? Rendre la consigne à nouveau visible pour promouvoir la réutilisation des emballages en verre comme alternative aux emballages à usage unique, dans une région où la pratique de la consigne de verre n’a jamais totalement disparu.

Soutenu par des préoccupations environnementales et des résultats d’études montrant le plébiscite des consommateurs français pour ce dispositif (88% des personnes interrogées trouvent très utile de disposer de produits sous consigne dans leur magasin1), le renouveau de la consigne pour réemploi des bouteilles en verre a donné rapidement des résultats, avec « jusqu’à 30% de ventes supplémentaires de produits consignés dans certains de nos points de vente », explique Simon Baumert, cofondateur de Zéro Déchets Strasbourg et coordinateur du Réseau Alsace Consigne.

A l’œuvre dans plusieurs centaines de points de vente (dont 42 à Strasbourg), cette dynamique bénéficie à l’environnement, dans la mesure où la fabrication du verre consomme jusqu’à 15 fois plus d’énergie que le seul lavage d’une bouteille et émet jusqu’à 80% de gaz à effet de serre en plus2. Elle booste aussi les entreprises membres du réseau Alsace Consigne, qui mettent sur le marché 25 à 30 millions de bouteilles en verre consignées chaque année : Carola (leader sur le marché des eaux gazeuses dans le Grand Est), Lisbeth (eaux, limonades et sodas issus des Sources de Soultzmatt) et le brasseur Meteor.

La consigne est aussi bonne pour l’innovation sociale (notamment par l’émergence de nouvelles formes de gouvernance) et pour l’emploi. « Bien qu’il soit difficile d’estimer les gisements d’emplois liés aux systèmes de réemploi des emballages en France, une étude estime que l’Allemagne perdrait 53 000 emplois si les emballages réutilisés disparaissaient au profit de ceux à usage unique3, avance Zero Waste France dans sa contribution au Comité de pilotage Consigne. A l’inverse, le remplacement de tous les emballages à usage unique par leurs équivalents réutilisables pourrait créer 27 000 nouveaux emplois. »

Alors que de nouvelles entreprises se sont positionnées pour rejoindre le réseau Alsace Consigne en 2020, Zero Waste France s’est engagée dans le développement d’un Réseau Consigne national, visant à faciliter les échanges entre les entreprises souhaitant mettre en place la consigne, capitaliser sur les retours d’expérience et promouvoir la pratique.

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Sur https://alsaceconsigne.fr/, une carte interactive recense plusieurs centaines de points de vente en mesure de collecter les bouteilles en verre consignées. ​

 

Les machines à collecter les bouteilles en plastique à la source existent déjà chez Lemon Tri

Depuis 2011, les machines de la startup Lemon Tri proposent des gratifications en échange des 15 millions de bouteilles en plastique qu’elles collectent, compactent et adressent aux recycleurs chaque année. Même si elles ne sont pas des consignes à proprement parler (le prix de l'emballage, appelé dépôt de garantie ou consignation, n’est pas séparé de celui du contenu lors de l’achat), ces machines intelligentes apportent la preuve que les Français se rendent volontiers dans les points d’apports volontaires de bouteilles en plastique en échange d’une contrepartie (bon d’achat, don à une association…)

Concentrées en Ile-de-France et dans la région Sud, les 450 machines de cette startup, spécialisée dans le tri et le recyclage multi-flux, sont présentes de manière plus expérimentale dans d’autres régions, où des acteurs de la grande distribution, des entreprises, des campus et des centres sportifs les placent en libre-service. La gamme est composée d’une dizaine de modèles dont les tailles variables s’adaptent aux emplacements spécifiques. Capables de reconnaître les emballages, les machines opèrent un tri à la source performant qui permet d’accélérer le processus de recyclage.

Pour ne rien gâcher, le leader français des solutions de recyclage ludique a renforcé son ADN social en 2016 en s’associant à Danone et à la Fondation Agir Contre l’Exclusion (FACE) pour créer l’entreprise d’insertion Lemon Aide. Sur deux sites, en région parisienne et à Marseille, des personnes éloignées de l’emploi apprennent pendant 6 mois les métiers de la collecte, du tri et de la valorisation de matières recyclables. Des emplois non-délocalisables autant que métiers en tension. « 75% des personnes accueillies trouvent un emploi stable ou une formation qualifiante à l’issue de ce parcours », indique Augustin Jaclin, cofondateur de Lemon Tri et de sa filiale Lemon Aide.

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A Marseille, les enseignes du groupe Casino incitent les consommateurs à trier leurs bouteilles en plastique dans les machines Lemon Tri. Contrepartie : 1 centime par bouteille, convertible en bon d'achat ou en don à l'association Mer et Terre.

 

HUBCITIES SUMMIT


1ADEME, Enquête consommateurs sur les pratiques de « consigne » d’emballage (pour réemploi, réutilisation), 2018.

2Deroche Consultants-Brasserie Meteor, Bilan environnemental de la bouteille en verre consigné « 75 cl Alsace » commercialisée dans l’Est de la France par comparaison avec une bouteille en verre à usage unique, 2009

3Golding, Andreas. Reuse of Primary Packaging – Final Report. Tübingen, Germany, 1998

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Nathalie
Marx
Consultante éditoriale

Diplômée du CFJ, Nathalie Marx a été journaliste de presse écrite pendant une dizaine d’années avant de devenir conceptrice-rédactrice pour le compte de grands groupes, de startups et de tous types d’organisations, pourvu qu’elles aient un impact positif.

Également auteure, elle fait partie des contributeurs des deux dernières éditions de Communicator, "la bible de la communication" publiée par Dunod sous la direction d’Assaël Adary, Céline Mas et Marie-Hélène Westphalen.