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Dans la smart city, l'hôpital accélère la prise en charge des patients

Par : Xavier Biseul
10 décembre 2019
Temps de lecture : 4 min
Chapo

Les nouvelles technologies permettent de replacer l'hôpital au cœur de la smart city et d'améliorer l'expérience patient. En France ou en Belgique, des établissements multiplient les expérimentations.

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On considère souvent qu'un hôpital est une ville dans la ville. Vivant en vase clos, un établissement de santé peine à échanger avec l'extérieur alors que la tendance est à la médecine ambulatoire et au maintien à domicile des personnes en situation de fragilité.

La coordination des services hospitaliers avec la médecine de ville est aussi une priorité pour désengorger les services d'urgence. Le concept de "smart hôpital" répond à ce besoin de replacer l'hôpital au cœur de la smart city mais aussi de mettre (enfin) le patient au centre du dispositif de soins. Une promesse vieille de plus de 20 ans. Hors des murs de l'hôpital, l'expérience patient débute avant l'admission et se prolonge une fois sorti, notamment dans le cadre du suivi des maladies chroniques.

Le CHR de la Citadelle à Liège fait figure de pionnier dans le domaine du "smart hôpital". Un virage que cet établissement de santé francophone, qui accueille 600 000 patients par an, a pris dès 2014 avec un budget dédié de 28 millions d’euros.

La première brique, c'est le portail patient MyCHR qui permet de prendre rendez-vous sans l'intervention des secrétariats médicaux. Une sorte de Doctolib privatif. A l'avenir, le portail doit permettre de régler sa facture ou de préciser son régime alimentaire.

Les professionnels de soins ont aussi leur accès. MyCHR Pro vise à favoriser la communication entre le personnel hospitalier et les médecins de famille. Il doit s'étendre aux infirmières, aux professions paramédicales et aux prestataires de type mutuelles.

Avec la multiplication des montres et des bracelets connectés mesurant en continu l’activité physique ou le rythme cardiaque, le patient devient acteur de ses soins. Dans ce domaine du coaching de santé, le CHR prévoit de développer des applications pour le suivi des patients migraineux, diabétiques ou allergiques. Un pilulier connecté permet aussi de s'assurer de la bonne observance d'un traitement.

Responsable du plan de transformation du CHR de Liège, Benoît Degotte explique aussi, au site Libre.be, sa volonté de connecter l'hôpital intelligent à la smart city. Il imagine d'ores et déjà plusieurs cas d'usage comme la synchronisation des systèmes d'alerte mis en place par la ville lors des plans canicule ou des pics de pollution en envoyant des informations ciblées auprès de patients concernés. Idem pour les déclarations de naissance et de décès qui pourraient se faire en ligne depuis l'hôpital.

Autre sujet : l'optimisation du plan de mobilité en facilitant l'accès au site, en développant l’usage des transports en commun et en proposant un stationnement intelligent.

 

Un GPS pour s'orienter dans les couloirs de l'hôpital

En France, l'hôpital Foch de Suresnes s'est intéressé à l'accueil du patient et à sa déambulation au sein de l'établissement. En effet, pour les personnes étrangères au service, un établissement de santé ressemble à un labyrinthe avec ses couloirs sans fin et ses plateaux interchangeables. L'hôpital Foch a donc fait appel à la startup française Sweepin qui propose un service de géolocalisation indoor.

sweepin-foch-geolocalisationLe trajet pour rejoindre le service de gériatrie ou de maternité s'affiche en pointillés sur le smartphone du patient qui bénéficie également d'indications vocales pour s'orienter. Lauréat d'un appel à projets "smart hôpital" d'Engie, l'outil s'interface avec le système de prise de rendez-vous de l'hôpital. Le secrétariat est ainsi prévenu de l'arrivée du patient.

Toujours dans le monde indoor, Engie-Axima expérimente avec l'AP-HP une solution baptisée FlexiBIM qui consiste à reproduire en maquette 3D les différents services d'un hôpital. Sur le principe du BIM (Building information modeling), l'avatar numérique reprend les contraintes techniques et fonctionnelles des lieux modélisés. Il ainsi possible de simuler différents scenarii d'organisation pour rendre un service le plus efficient possible. Un test qui s'est déroulé au premier semestre 2019 portait sur la réhabilitation de la pharmacie à usage interne de l’hôpital Saint-Louis.

Le concept de smart building doit aussi aider les hôpitaux à maîtriser leurs dépenses d’énergie et réduire leur impact environnemental. A cet égard, Qarnot Computing, l'autre lauréat de l'appel à projets "smart hôpital" d'Engie propose une solution pour la moins originale. La startup récupère la chaleur produite par la puissance de calcul de son radiateur numérique et la redistribue dans le bâtiment. Une version dite crypto rémunère même ses utilisateurs en minant des cryptomonnaies.

En s'ouvrant à l'extérieur et en multipliant les objets connectés, le l'hôpital intelligent étend toutefois son exposition aux risques. Les hôpitaux traditionnels constituent déjà une cible privilégiée des cybercriminels comme l'a montré la récente cyberattaque du CHU de Rouen.

Victime d'un ransomware, l'hôpital normand a vu un grand nombre de ses services paralysés le week-end du 15 et 16 novembre, de l'admission des patients au suivi des urgences. Dans un discours récent, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, a demandé à tous les professionnels de soins d'être "cybervigilants".

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Xavier
Biseul
Journaliste spécialisé