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IOT : "Ce n'est pas le capteur seul qui crée de la valeur, mais bien les actions qui en découlent"

Par : Carolina Tomaz
30 octobre 2019
Temps de lecture : 8 min
Chapo

Dans cette interview, Sébastien Wallet, directeur du nouveau département IOT d'Artefact, nous explique les enjeux de la digitalisation des processus métier, et partage conseils et best practices pour les entreprises qui veulent développer des projets IOT au meilleur impact business.

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HUB Institute : Artefact, acteur européen de la data et de l'intelligence artificielle, lance aujourd'hui une business unit consacrée à l'IOT. Quels sont les constats qui ont présidé à cette création et quels sont vos objectifs ?
sebastien wallet artefactSébastien Wallet, Practice Director AI for IOT, Artefact : La digitalisation des processus ne se fait pas qu’à l’échelle IT, mais à chaque niveau de l’entreprise, et notamment dans l’environnement physique. Notre sujet, c’est justement la remontée de données et comment en extraire de la valeur, comme l’exprime le nouveau branding d’Artefact : “Value by data”. Or l’IOT est un flux de données parmi tant d’autres – avec bien sûr, des spécificités. On remonte les données d’un site web, d’une base de données client, d’un ERP et désormais de n'importe quel matériel sur le terrain : cela fait partie intégrante du processus de digitalisation actuel.

Cette digitalisation de l’entreprise s’est faite en plusieurs temps : d’abord au niveau informatique, ensuite avec une étape encore en cours, celle de la migration des datas vers le cloud. Enfin, la troisième étape, qui consiste à étendre la connectivité à toutes sortes d’équipements non-critiques, et d'assurer la remontée de ces informations dans les interfaces du SI de l'entreprise.

Une expertise 360° est nécessaire pour accompagner les entreprises dans la transformation de leurs assets vers des objets connectés – mais à condition que cela ait du sens. La digitalisation du monde physique est désormais bien lancée – prenons l’exemple de la SNCF qui connecte actuellement en gare ses escaliers mécaniques, ses ascenseurs, ses pompes de relevage afin de mieux gérer la maintenance… – mais ce n’est pas un sujet simple à déployer, car très transverse qui doit prendre en compte l’ensemble des process existants de l’entreprise, tout en dégageant un ROI le plus rapidement possible. L’objectif d’Artefact est d’accompagner les grands groupes au déploiement massif de l’IOT pour en collecter les flux, les traiter et les croiser avec de l’Intelligence Artificielle, au même titre qu’un autre flux de données. 

HUB Institute : Vous dîtes “Connecter quand ça a du sens”, qu’entendez-vous exactement par là ?
SW : On peut digitaliser un flux, quel qu’il soit, mais le retour sur investissement n’est pas forcément au rendez-vous. Prenons l’exemple d'un retailer qui souhaitait connecter des chariots assurant la livraison des marchandises de l’entrepôt vers leurs magasins de proximité, pour résoudre un problème de pertes (le chariot ne revenait pas forcément à son entrepôt d’origine). Le constat ? Traquer les chariots en "temps réel" ne réglait pas directement le problème de pertes, ou en tout cas, avait moins de sens économique que d’en racheter d’autres.

Il y a un réel travail pour l’entreprise à choisir ce qu’elle souhaite rendre communicant, et c’est l’une des briques de l’offre IOT d’Artefact : le Conseil stratégique. Connecter, oui ou non ? Et si oui, comment ? Quel impact sur les équipes ? L’IOT peut modifier les process, il faut le savoir, et se poser les bonnes questions en amont est indispensable : quelle technologie employer ? Quel ROI attendre ? Quelle organisation pilote la solution ? Est-ce la responsabilité de la DSI ? Des opérations ? Des métiers ? Nous intervenons et accompagnons les entreprises avec notre méthodologie éprouvée, la gouvernance appropriée et les bonnes pratiques déjà identifiées, que nous adaptons à chaque client, notamment dans les aspects organisationnels. 

HUB Institute : Comment la vision d’Artefact prend-elle corps dans sa proposition de valeur IOT ? Quelles sont les grandes étapes de votre accompagnement ?
SW : Le premier niveau, c’est celui de l’entreprise qui veut se lancer dans la digitalisation des processus physiques, mais ne sait pas par quoi commencer. Avec sa méthode, Artefact est capable d'orienter sur des choix susceptibles d'apporter le meilleur business impact. Cette phase de définition – que nous appelons d’ailleurs IOT Strategy – permet de faire émerger de nombreux scénarios pertinents sur la base d'un thème identifié comme, par exemple, la maintenance, l’énergie…

Après le choix du thème, on peut intervenir au niveau du “use case”. À partir d’un use case défini (par exemple, traquer les déplacements d'un container ou le taux de panne d’un équipement), on rentre plus en profondeur dans la phase “IOT Directory” où l'on qualifie et dresse une roadmap complète du projet. Par exemple, on aborde le choix et la mise en oeuvre de la solution IOT adaptée : type de capteur, fonctionnement, technologie, connectivité, sécurité, data platform, liens avec les applications métier, installation, maintenance, quelle information remonter, sous quel format, un dashboard cloud, une alerte mobile, quel volume de capteurs à déployer pour que la solution soit viable, quand, comment, par qui, etc.

Troisième niveau, le MVP (Minimum Viable Product) : ce pilote est destiné à tester ce qu’on a mis en place, très rapidement, en deux à trois mois maximum, pour que les équipes terrain puissent se faire une religion sur le sujet. Le test à petite échelle poursuit deux objectifs essentiels : fédérer les équipes autour de la solution est le premier d’entre eux. Les capteurs peuvent parfois faire peur, beaucoup de projets IOT s’arrêtent parce que les gens ne s’en servent pas ou n’ont pas compris comment les utiliser : il faut que l’adhésion des gens du métier se fasse. Deuxième objectif : vérifier et valider les hypothèses posées en phase-conseil pour convaincre la direction du potentiel de la solution. Cette double validation est essentielle.

Il faut nécessairement l’adhésion des équipes métier autour de la solution IOT.

Vient ensuite la quatrième étape : le développement produit et le déploiement à grande échelle de la solution dans l’entreprise, matérielle et logicielle. Les parcs peuvent parfois être conséquents, déployer 10 000 capteurs n’est pas neutre et Artefact peut encadrer ce process dans la phase d’accompagnement en tant que coordinateur global du projet.

Dernière étape ? La mise au point du support, de la formation, de l’optimisation et de l’évolution du produit. Nous insistons particulièrement sur la nécessité de constituer une IOT Data Platform , qu’on peut enrichir par la suite avec d’autres use cases et d’autres flux de données. Notre approche consiste à proposer la centralisation de l’ensemble des données collectées, à les modéliser d’où qu’elles proviennent, et ensuite les réinjecter dans les applications métiers existantes de l’entreprise afin de les faire gagner davantage en efficacité.

L’idée n’est surtout pas d’avoir une énième plateforme à utiliser, mais plutôt de créer un réceptacle "chapeau" dédié à la digitalisation physique, capable de faire le pont avec les systèmes existants.

HUB Institute : Quelles sont les tendances en matière d’IOT ?
SW : Sur l’IOT, on distingue principalement deux mondes : celui du Consumer Electronics, et celui de l’Industrial Internet of Things (IIOT). Dans ce dernier, trois grandes tendances émergent, parce que le processus de digitalisation y est tout à fait favorable et que le ROI est très possible : la maintenance des équipements, l’énergie (consommation, économie, optimisation) et le tracking des assets. Grâce à l’IIOT, on peut créer assez facilement de la valeur sur ces 3 axes.

Aussi, la 5G aura un intérêt pour l’ultra-temps réel nécessaire aux applications critiques, comme la télémédecine ou la conduite autonome. Mais l’IOT n’a pas forcément besoin d'une grande puissance pour fonctionner. Ainsi, un réseau type LPWA (longue portée et bas-débit) permet de nouveaux usages, notamment grâce à ses bénéfices sur l’autonomie : un capteur positionné sur un compteur d’eau pour faire une télérelève une fois par jour peut durer 7 à 10 ans ! En GSM, il n’aurait tenu que quelques mois.

Quant à l’edge computing, ce n’est pas si nouveau. On traitait déjà de la donnée localement en machine-to-machine, à travers des automates et PC industriels. Ce qui est nouveau, c’est la capacité à embarquer cette intelligence dans des capteurs plus "low-cost", afin de communiquer moins et mieux, économiser de la batterie, remonter des données pré-traitées plus pertinentes, notamment pour un usage ultérieur avec de l’IA.

L’intérêt final, c’est de croiser toutes les données ensemble pour générer de la valeur et apporter de nouveaux services : matcher la data issue d’une machine, d’un ERP, avec des données contextuelles, comme la météo ou le trafic routier, peut par exemple permettre de prévoir un retard (ETA) sur lequel on lancera une action automatisée, grâce à l’intelligence artificielle.

Ce n’est pas l’IOT seul qui crée de la valeur, mais bien les actions qui en découlent.

HUB Institute : Avez-vous des conseils et bonnes pratiques pour les entreprises qui souhaitent se lancer dans ce type de projet ?
SW : Nous recommandons aux entreprises qui souhaitent développer un projet IoT de veiller aux points suivants :

  • Savoir se fixer en amont des objectifs réalistes et des KPIs clairs ;
  • Tester des solutions à petite échelle, en deux à trois mois ; les “quick-win” qu’on peut obtenir dès cette phase de MVP sont souvent encourageants et aident à passer à l’étape suivante ;
  • Avoir une vision court-moyen-long terme : Artefact est capable de proposer un accompagnement sur les trois échelles de temps ;
  • Attention à ne pas s’enfermer dans un système trop verticalisé : l'intérêt de créer une IOT Data Platform est de d'abord centraliser toutes les données au même endroit, sur laquelle on pourra envisager la réversibilité avec n'importe quelle solution du marché. Il est crucial de s’approprier la donnée de ses capteurs sur ses propres systèmes avant de les confier à un logiciel tiers, afin d’en conserver l'entière propriété (RGPD) et une complète historisation.
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Carolina
Tomaz
Head of Content

Carolina Tomaz est Head of Content au HUB Institute.


Forte d’un parcours de 18 ans dans le digital, les nouveaux usages et l’innovation, elle bénéficie d’une expérience développée dès 2000 chez le fournisseur d’accès Libertysurf, puis dans le groupe TF1 où elle a occupé différentes fonctions – toujours à la croisée de l’éditorial, du marketing, du business et de la transformation numérique. 


Jusqu’alors directrice des contenus de Frenchweb, pure-player d’information B2B spécialisé en tech et...