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Le vélo, la mobilité du déconfinement

Quelle mobilité dans un monde post-confinement ?

Par : Sandrine Cochard
4 mai 2020
Temps de lecture : 5 min
Chapo

La distanciation sociale qui devra être respectée après le déconfinement oblige les villes à repenser la mobilité et la circulation de leurs habitants. Un challenge qui devrait consacrer les micro-mobilités, à condition d’aménager dès maintenant les infrastructures nécessaires et d’organiser le partage de la voirie.

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Vélo, transports en commun, trottinettes ou marche à pied, le déconfinement post-Covid va-t-il changer nos déplacements ? Si plusieurs villes avaient déjà engagé la transformation de leur mobilité vers plus de durabilité, le Covid-19 et l’impératif de distanciation sociale qui devrait perdurer ces prochains mois va agir comme un accélérateur inattendu. Avec un nouvel impératif : safety first.

La mobilité individuelle comme rempart

Alors que des grands opérateurs comme SNCF, RATP et Transdev alertent sur les difficultés à faire respecter la distanciation sociale entre voyageurs dans les transports en commun, régulièrement bondés, les micro-mobilités pourraient s’imposer comme une alternative jugée plus sûre. “La mobilité de déconfinement devrait être largement individuelle, c’est-à-dire à pied, à vélo, en deux-roues motorisés ou en voiture”, estime ainsi l’ingénieur Dominique Riou, chargé d’études au département Mobilité Transport de L’Institut Paris Region.

La voiture, perçue comme un espace protégé, pourrait bien faire son grand retour, et les rangs des conducteurs se gonfler d’ex-usagers des transports en commun fuyant la promiscuité. Un scénario observé en Chine où 66% des consommateurs avaient opté pour la voiture individuelle après l’épidémie de Covid-19, contre 34% auparavant, tandis que seuls 24% continuaient à prendre le bus ou le métro, contre 56% auparavant (source : étude Ipsos).

“Ce scénario risquerait de conduire rapidement à la saturation du réseau et à une dégradation de la qualité de l’air, prévient Dominique Riou, ce qui n’est absolument pas souhaitable au regard des impacts sur les fonctions respiratoires des personnes malades ou à risque.” Pour lui, la solution est ailleurs. “Le vélo sera au cœur de la mobilité post-confinement”, assure-t-il.

Culture du vélo et villes cyclables

C’est en tout cas le souhait du gouvernement qui a annoncé un plan global de 20 millions d’euros pour inciter les Français à enfourcher le vélo. Ce plan prévoit un chèque de 50 euros pour remettre son vélo en état et un soutien financier et technique aux collectivités qui veulent créer des pistes cyclables temporaires avant le 11 mai.

"C'est un coup de boost au vélo pendant la période de déconfinement pour inciter à choisir ce mode de déplacement. Nous voulons que cette période fasse franchir une étape dans la culture vélo, et que la bicyclette soit la petite reine du déconfinement en quelque sorte."

- Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique, dans Le Parisien

Comme souvent, la réussite de cette transformation réside d’abord dans ses infrastructures. L’enjeu est d’ « être prêts, sur le terrain, à accueillir le probable grand nombre de cyclistes que l’on va voir dès la reprise des activités », résumait ainsi Pierre Serne, président du Club des villes et territoires cyclables, lors du webinar « Aménagements cyclables temporaires et confinement : quelles opportunités ? » organisé le 22 avril par le Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement).

Avec pour enjeu primordial d’organiser le partage de la voirie. Rien qu’en Île-de-France, on dénombrait, avant le confinement, 17,2 millions de piétons, 130 000 usagers à trottinette, 180 000 en taxis et VTC, 420 000 en deux-roues motorisés, 840 000 à vélo, 3,9 millions de voyageurs en bus et 14,8 millions d’automobilistes (source : l’EGT H2020).

Mandaté par le ministère des Transports pour recenser les initiatives en matière d’aménagements cyclables temporaires, Pierre Serne peut s’appuyer sur nombre d’exemples à l’international.

Ces villes converties au vélo par le Covid-19

Ces dernières semaines, plusieurs villes comme Berlin, Bogotá, Mexico, New York, Oakland ou Calgary, ont créé ou élargi pistes cyclables et zones interdites aux véhicules en quelques jours, à la faveur du coronavirus. Cet urbanisme tactique, théorisé par l’Américain Mike Lydon, permet une intervention rapide et à petit budget dans l'espace public.

A Berlin, dans le quartier de Kreuzberg, la Zossenerstrasse a été aménagée fin mars avec une bande cyclable temporaire équipée de balises d’alignement. L’expérience jugée concluante, la ville a étendu le dispositif à une demi-douzaine d’autres rues et intègre désormais ce type de dispositif dans ses recommandations officielles.

Depuis début mars et les premiers cas de Covid-19 déclarés en Colombie, Bogotá a décidé d’ajouter 80 kilomètres de pistes cyclables temporaires aux 540 kilomètres de pistes qui quadrillaient déjà la capitale. Objectif : réduire la fréquentation des transports publics et lutter contre la propagation du Covid-19. « Le vélo, qui est un moyen de transport individuel, représente l’une des alternatives les plus sûres pour la prévention du virus », justifiait mi-mars Claudia López, la maire écologiste de cette ville pionnière du vélo depuis les années 1970.

En France aussi, on note un effet Covid-19. La présidente de la Région Île-de-France, Valérie Pécresse, a annoncé le 23 avril son soutien massif, à hauteur de 300 millions d’euros, au projet de Réseau Express Régional Vélo (RER V), élaboré avec l’appui technique de L’Institut Paris Région. A Lyon, la métropole a dévoilé lundi 4 mai son plan mobilité pour le déconfinement, avec plus de place accordée aux piétons et aux vélos pour respecter les distances nécessaires. A Montpellier, deux aménagements de pistes cyclables ont été ouverts le 13 avril, l’un temporaire mais l’autre définitif. A Angers, le maire le maire Christophe Béchu a annoncé le 21 avril que ses services planchaient sur un aménagement temporaire de l’espace public pour faire plus de place aux cyclistes et aux piétons, confirmant encore que lorsque green mobility et safe mobility convergent, la transformation des villes fait un saut en avant.

Ces sujets seront abordés lors de notre webinar "Villes durables et mobilité urbaine, les pistes pour l'après-Covid". Inscrivez-vous ici.

 

Crédit photo article : Erik Witsoe / Unsplash

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Journaliste depuis plus de 15 ans, Sandrine a travaillé pour BFMTV, Europe 1 et 20 Minutes, où elle a suivi de près la révolution numérique, ses enjeux et ses impacts business, consommateurs et citoyens. Aujourd’hui, elle scrute plus particulièrement les sujets de smart cities, d’industrie 4.0, de gouvernance numérique et de cybersécurité.