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L'innovation en entreprise concerne aussi bien les startups que les grands groupes

Le virage de l'innovation pragmatique dans les grands groupes

Par : David BARUCHEL
20 juillet 2020
Temps de lecture : 5 min
Chapo

L'innovation en période de crise offre de nombreuses possibilités, des ouvertures, des changements de paradigmes et des places à prendre : Uber, Airbnb, Blablacar... Mais si les startups l'ont bien compris, les grands groupes ont encore du chemin à parcourir pour s'approprier les opportunités qu'offre une crise !

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La crise du Covid-19 a poussé le monde dans une chamboulement sans précédent, au combien intéressant de par la nature du changement. La crise n'était pas seulement financière (cf 2008), avec de simples ajustements de consommations des ménages ; mais sanitaire, avec des remaniements de modes de vie, des adaptations géographiques et structurelles dans la vie des ménages.

Ces changements donnent une dimension d'autant plus importante aux opportunités d'innovation pour les entreprises, et gare à ceux qui ne sauront s'en saisir... Cette particularité crée une situation d'urgence: pour survivre il faut réagir vite, mais comment ? Faut-il se replier, se transformer, ou innover ?

1/ Le repli

Selon étude réalisée par RainMaking, on observe d'abord une tendance des entreprises à se replier, et à couper les budgets d'innovation, ceux-ci n'étant pas directement coeur au business. Dans cette étude réalisée auprès de 312 Directeurs et C-Level au Royaume-Uni, USA et Scandinavie, 69% des entreprises annoncent qu'elle n'investiront pas ou moins de 1 millions de £ en innovation en 2020. Mais au-delà des budgets, même les priorités des entreprises ont changé.

On voit dans cette étude de McKinsey (réalisée auprès de 200 entreprises), sur l'innovation pré et post crise COVID-19, un fort recul des priorités d'innovation auprès des managers sur la période. La part de directeurs qui ont listé l'innovation comme une priorité 1 ou 2 dans leur stratégie avant la période est de 55%, pour une chute à 23% pendant la période (aujourd'hui) et 50% après la période (fin de la crise sanitaire et début de la reprise).

2/ La transformation

La crise a aussi fait surgir des capacités insoupçonnées de transformation et d'adaptation des entreprises à la situation : télétravail, vente en ligne (B2C, mais aussi B2B), ré-allocation des forces de vente sur le digital (en témoigne l'essor des conseillers beauté en ligne) etc. Le monde a réagit en un temps record pour maintenir le business-as-usual.

Mais, si la crise a révélé des capacités d'adaptation et transformation, ce n'étaient que de la transformation digitale de processus déjà existants qui ont évolué d'eux-mêmes, forcés par la situation et motivés par la peur et les obligations gouvernementales...

En fait, on n'avait pas le choix... et on a fait le minimum pour survivre. Mais est-on prêt à préparer la suite avec autant de ferveur ?

3/ L'innovation

Distanciation sociale, éloignement géographique, Work From Anywhere... Les besoins des clients ont changé, les parcours utilisateurs et les habitudes de consommation aussi.

Vos innovations doivent se concentrer sur ces évolutions :

  • Expérience et service client : comment garder le contact à l'ère de la distanciation ?
  • Le monde d'après: quelles offres pour répondre aux nouveaux besoins de vos clients ?
  • Durabilité & développement durable : comment s'aligner sur ces critères devenus clés pour les consommateurs ?é>

Plus que jamais, concentrez-vous sur vos clients pour capter la valeur !

Par exemple, Idemia - leader de l'identité augmenté - a adapté son programme d'intrapreneuriat pour comprendre les problèmes de leurs clients engendrés par le COVID-19, et les résoudre. Pour cela les collaborateurs - accompagnés par STFU - vont sur le terrain (virtuellement bien sûr) pour appréhender ce nouveau contexte, les véritables besoins, et développer des innovations pertinentes dans la lutte contre la pandémie.

L'innovation doit se tourner d'abord vers la pandémie, puis sur le monde d'après.

Attendre le retour à l'ancien modèle par confort serait une erreur d'analyse pour les entreprises, quant à leur rôle à jouer dans cette crise. Le monde d'après sera différent, il faut donc évoluer avec lui et opérer une véritable transformation. L'histoire montre d'ailleurs que les crises sont de magnifiques vivier à innovation et que celui qui peut prendre une place se verra prendre une longueur d'avance.

En chiffres :

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L'innovation en temps de crise est donc essentielle et peut être un véritable relai de croissance. Mais comment continuer à investir dans l'innovation dans un climat protectionniste ?

Une innovation pragmatique & frugale

Fini l'innovation bullshit: toute action qui ne cherche pas à créer réellement des nouveaux relais de croissance sera ignorée. En ligne de mire: certains programmes d'innovation qui ont pour but principal "l'acculturation et la montée en compétences". Objectifs louables, mais qui ne permettent pas réellement à l'entreprise d'innover. C'est de l'innovation théâtrale, et les Directions Innovation ne pourront plus se permettre ce luxe.

L'innovation pragmatique au contraire cherche le ROI mesurable. Et ce ROI n'est pas forcément directement lié à la ligne chiffre d'affaire ou au résultat d'exploitation de votre business, certaines innovations peuvent être dirigées vers des RoI non-financiers ou même qualitatifs ; comme par exemple l'amélioration de la relation client. Critère qualitatif, mais quantifiable et au combien essentiel pour certains business : eCommerce, ventes privées, etc.

Cela met finalement les directions innovation dans la même situation que les entrepreneurs ! Ils n'ont finalement que peu de budget, et l'innovation qu'ils mettent en place doit produire des résultats tout en conservant un état d'esprit frugal. Faire beaucoup et bien avec peu.

Pragmatique et frugale, de bien jolis mots, mais comment s'y tenir et surtout relancer la machine ?

Impliquez le Comex & le Top-Management

Le nouvel enjeu des Directions Innovation réside en la capacité à ré-impliquer le COMEX et le Top-Management dans la stratégie d'innovation, d'autant qu'ils seront sensibles à votre pragmatisme et promesse de frugalité.

Cela, afin que celles-ci ne soient plus vues comme un simple département théâtral, à qui on donne les miettes du budget pour tenter de lancer des "startups" qui émergent rarement. Mais plutôt comme un réel moteur de croissance pour l'entreprise, et de permettre de répondre aux enjeux avec des nouveautés.

Appuyez-vous sur vos collaborateurs

Les programmes d'Intrapreneuriat ne sont pas nécessairement bullshit. Mais il faut éviter les erreurs classiques pour ne pas tomber dans l'innovation théâtrale.

Mesurez l'efficacité

Vous avez compris le concept d'innovation pragmatique. Alors, maintenant, il faut... la mesurer! Nous sommes à un tournant de l'histoire du monde tel qu'on le connait. Les habitudes changent, les consommateurs ont déjà muté, les entreprises ont été forcées de se transformer. Mais est-ce que les initiatives d'innovation s'adapteront aussi vite au changement ?

Parce que les grands gagnants de cette crise sont ceux qui arrêteront au plus vite l'innovation théâtrale pour une innovation pragmatique.

Pour découvrir notre conférence sur : "L'échec dans les programmes d'intrapreneuriat" ; c'est ici.

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David
BARUCHEL
Fondateur

Expert en innovation, David évolue dans le monde de l'entrepreneuriat, des startups et l'innovation corporate depuis 7 ans. Après ses études à l'Ecole Polytechnique et à UC Berkeley, il se lance dans la Silicon Valley, où il co-fonde deux startups dans la santé connectée et les réseaux sociaux.Depuis, il multiplie les projets – du e-commerce à la culture – qui lui ont appris le design UX, le dev front, et le goût de prototyper des solutions simples à des problèmes complexes.Passionné par la...