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Les enjeux d'infrastructures et de maintenance de la ville durable

Par : Marion Letorey
22 septembre 2020
Temps de lecture : 8 min
Chapo

Maires, chercheurs, designers et professionnels convergent. La ville de demain nécessite une réflexion à plusieurs dimensions. Sa structure sera façonnées par les comportement de ses habitants, par les services mis à disposition et par sa capacité à se transformer. Christophe Béchu, Maire d'Angers, Florent Orsoni, Directeur du City Design Lab de L’École de design, Raphael Layani, Regional Sales Manager chez Mobileye, Carlos Moreno, Directeur scientifique, Université Paris Panthéon Sorbonne et Sébastien Barles, Adjoint à la Maire de Marseille partagent leurs convictions.

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Repenser le design de ville pour construire des villes plus durable

Christophe Béchu, maire de la ville d'Angers, est catégorique : toutes les villes doivent s'inscrire dans la transition écologique dont notre planète a besoin. Les Smart Cities, ne sont pas une alternative à cette transition écologique, mais un moyen de l'accélérer grâce à la transformation numérique. Son idée est simple : utiliser le meilleur de la technologie pour améliorer la consommation et mieux répondre aux enjeux écologiques. 

Il nous expose son grand programme lancé il y a 12 ans, et qui représente 120.000€ d’investissement. Ce programme s’inscrit dans une stratégie pour une ville plus durable et plus engagée, afin d’inscrire la ville médiévale dans la transition écologique. Ce programme, en plus de son engagement environnemental, fera économiser une centaine de millions d’euros à la ville. 

En voici quelques points : 

  • Une diminution de 65% de la consommation électrique 
  • L’installation de capteurs dans tous les parcs et jardins pour adapter l’arrosage automatique au besoin et à la météo
  • Le déploiement de milliers de capteurs dans les bâtiments de la ville et de la métropole pour diminuer toutes les consommations de 20% - électricité, gaz, mesure de la qualité de l’air. 

L’idée est simple : renforcer la durabilité et la soutenabilité de la ville grâce à des nouvelles technologies adaptées et performantes.  

La première initiative a été de réunir l’ensemble des élus du territoire, pour bâtir un plan en 3 objectifs : 

  • Construire un territoire intelligent pour économiser les ressources
  • Optimiser les coûts, améliorer le service public 
  • Développer de nouveaux usages pour et avec les habitants

Christophe Béchu le précise, ce plan est passé en phase de réalisation, il est devenu un contrat avec les acteurs impliqués (Engie, La Poste…), il est passé de projet à concret. La ville et son maire en sont certains, Angers est devenu un modèle de Smart City, en termes de transition numérique et écologique.

Design urbain & expérimentation, un levier vers la Smart City ?

Le City Design Lab est une école de design urbain, dont l’objet n’est pas que de faire du beau mobilier, mais de réconcilier l’humain avec la technologie. Florent Orsoni, directeur de l’école Nantaise met un point d’honneur sur l’importance de remettre l’humain au centre de toute évolution et implantation technologique, surtout dans la smart city.

Alors que de nouveaux enjeux et modèles émergent, le City Design Lab s’est trouvé un terrain de jeu à Nantes, mais aussi une approche, celle de l’expérimentation. Florent Orsoni note qu’une réelle injonction à l’information et à la transition se développe dans la population, à qui l’on impose des technologies sans contexte ou explication.

Alors que la ville des données crée des connexions nouvelles, l’idée est d’apprendre aux acteurs à travailler ensemble, de systématiquement associer la création de valeur pour la ville, pour l’entreprise, mais aussi de bien identifier la plus-value pour les usages. Acculturer pour favoriser la réconciliation.
 

La smart city clés en main, ça n’existe pas.

Pour favoriser l’installation des nouvelles technologies dans les mœurs, il faut des processus de plus en plus ouverts, comprendre comment les citoyens lisent et comprennent la donnée. Sinon, comme le dit si bien Florent Orsoni, "toutes les belles histoires technologiques vont finalement tomber comme un cheveu sur la soupe, ou vont rencontrer une forte opposition. Il y a des enjeux dans ces expérimentations, de ne pas en faire des use cases et d’essayer de voir comment on peut s’approprier tous ces enjeux".

À Nantes, l’idée est de systématiquement associer la création de valeur pour la ville, pour l’entreprise, mais aussi de bien identifier la plus-value pour les usages.

Pour finir, Florent Orsoni donne plusieurs points pour continuer à réconcilier l’homme et la technologie, pour faciliter l’émergence de l’innovation :

  • Éviter d’expérimenter seulement en centre-ville, mais plutôt sur tout le territoire métropolitain
  • Ramener au citoyen des questions d’usage
  • Adopter un nouvel état d’esprit pour implémenter l’émergence
  • S’ouvrir au dialogue et s’autoriser une petite part d’incertitude
  • Laisser de l’espace pour développer de nouvelles approches

Automatiser l’inventaire de ses infrastructures et mieux comprendre ses flux de mobilité grâce à  l’IA 

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Les villes ont besoin de pouvoir maintenir des infrastructures dans le meilleur état possible, pour ce faire, elles doivent pouvoir collecter une donnée qui leur permettra de connaître leur état en temps réel. Un challenge également fondamental est celui du passage à l’échelle.

Depuis 20 ans, Mobileye a pour mission de réduire les accidents de route grâce à des capteurs implantés sur des véhicules qui vont évaluer les distances, la présence de piétons, analyser le marquage au sol, etc. La technologie est utilisée pour mieux comprendre l’infrastructure de la ville et avoir un état des lieux à jour de cette dernière.

Des cartes sim 3G sont embarquées dans des véhicules, elles collectent de la donnée GIS - geographic information system - , celle-ci est compressée puis stockée dans cloud pour enfin être mise à disposition et utilisée.

La donnée qui intéresse Mobileye est de 2 types :

  • De la donnée statique, liée à la gestion du patrimoine. Par exemple le marquage au sol, et plus globalement tout ce qui occupe la voirie dont est opérée une cartographie automatisée. À chaque changement, l’équipe en charge ou l'opérateur de l’infrastructure en question sera automatiquement notifié.
  • De la donnée dynamique pour comprendre les flux de mobilité des véhicules, piétons, cyclistes
     
Collecter la donnée c’est bien mais il faut qu’elle puisse aider à répondre à des cas d’usages.

Raphael Layani présente ainsi 4 cas d’études particulièrement éloquent de ce que permet une technologie de ce type:

  • À Barcelone : Mobileye aide la ville à comprendre sur quelles voies il est le plus risqué d’avoir un accident de voiture.
  • À Munich : l’idée est d’optimiser la signalisation aux intersections en fonction des comportements observés.
  • À Jérusalem : on calcule un score de satisfaction de l’état du revêtement routier.
  • À Newcastle : la géolocalisation des nids-de-poule est couplée à l’évaluation de leur impact sur le reste des infrastructures et de la circulation.
  • À New-York : Mobileye aide la ville à comprendre dans quelle mesure leur réseau de pistes cyclables est pertinent grâce à une analyse de fréquentation en temps réel et automatisée de ces dernières.
  • En région parisienne : on tente de comprendre le flux de piétons qui attendent à l’arrêt de bus

La ville du quart d'heure

Le concept de la ville du quart d’heure n’est pas nouveau et remonte aux années 60. Carlos Moreno qui commence à travailler sur le sujet il y a 6 ans nous précise qu’il s’agit d’un concept qui fait débat. Cela induit un changement d’approche et de paradigme autour d’une vision tempo centrique de la ville. Il distingue la ville du quart d’heure, terme utilisé pour désigner le concept dans les zones compactes et territoire de la demi-heure pour les zones moins denses.

Cette notion de temporalité est très importante et représente un challenge pour la ville dans le futur dès lors qu’on prend en compte le changement climatique et la possibilité de crise sanitaires comme la COVID-19. Ses travaux répondent à la logique d’un changement de paradigme pour se confronter à la réalité et aux modes de vie.

Il identifie 3 souches différentes à l’émergence cette pensée :

  • le chrono-urbanisme lié au rythme de vie
  • la chronotopie qui renvoie à l’idée d’un lieu ayant plusieurs usages
  • la topophilie qui désigne l’amour des lieux

Les enjeux pour nos villes, notamment définis par les ODD 11 et 13 de l’ONU et l’objectif d’une neutralité carbone à l’horizon 2050, nous amènent à nous interroger sur notre développement, est-il vraiment durable ?

Carlos Moreno propose de replacer l’homme au coeur du développement durable qu’il décompose en 3 dimensions : écologique, économique et sociale. Il corrèle ce triptyque avec les 3 dimensions de la ville : viable, vivable et équitable. Il précise que faire converger ces 3 éléments - écologie, économie, social - c’est comprendre que le productivisme a généré une ségrégation spatiale et sociale très forte.
 

Aujourd’hui l’hyperconnectivité nous éloigne plus qu’elle nous rapproche. Nous sommes déconnectés socialement.

L’enjeu est alors de pouvoir reconstruire un urbanisme humain et reconsidérer le centre-ville de manière polycentrique. Selon Carlos Moreno, cette vision permettra de tendre vers une qualité de vie sociétale et d’incrémenter l’index de bien-être général pour les habitants des villes. 

Il conclut en indiquant que la task force COVID-19 du C40 Cities a pris comme référence le paradigme de la ville du quart d’heure pour proposer une réponse aux tensions générées par la COVID-19 et un nouveau mode de vie adapté à la situation.

Mobilités douces, économie circulaire et isolation thermique, la feuille de route de Marseille

Seconde ville la plus peuplée de France, Marseille entame cette nouvelle mandature avec un objectif de taille : construire un Marseille durable. Pour Sébastien Barles, Adjoint à la Maire de Marseille, cette ville durable passera par la mise en place de moyens de mobilités doux, de parcours d'économie circulaire et d'une isolation thermique des infrastructures existantes.

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Marion
Letorey
Consultante senior

Consultante Senior au sein du HUB Institute, Marion a exercé pendant plus de 3 ans la fonction de responsable pédagogique au sein de IONISx – filiale de IONIS Education Group –
Leader de l’enseignement privé en France.

Elle a accompagné les Écoles business du groupe IONIS dans leur transformation digitale par l’introduction d’enseignements en classe inversée ou blended learning.
À l’initiative de la création de plusieurs cursus diplômants 100% en ligne pour la formation continue, elle a créé...