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Jacques Attali : “une société positive, c’est une société qui travaille dans l’intérêt des générations futures”

Par : Guilhem Cadoret
9 juillet 2021
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Pour Jacques Attali, économiste, écrivain et chef d’entreprise français “préparer l’avenir, c’est réorienter notre économie vers les secteurs de la vie". Au lendemain d’une crise sanitaire aux conséquences sans précédent pour l’économie mondiale, un secteur transversal s’est démarqué : le digital. Au micro de Franck Negro, Managing Director Southern Europe chez Yext, Jacques Attali revient sur les questions d’avenir, de numérique et d’économie.

Pour Jacques Attali, “L’avenir n’est qu’une minuscule couche qui vient s’ajouter au millénaire passé, on ne peut rien connaître à l’avenir si l’on ne connaît pas bien le passé.”  Dans son ouvrage "Peut-on prévoir l’avenir?”, Jacques Attali distingue 3 concepts clés :

  • Connaître c’est être sur, c’est la science
  • Prévoir c’est créer les conditions d’une incertitude, l’improbabilité
  • Prédire c’est être ferme, c’est la foi 

Les technologies au service de l’économie de la vie

Pour commencer, Jacques Attali tient à définir les bases de ce qui constitue à ses yeux une société positive. “Une société positive, c’est une société qui travaille dans l'intérêt des générations futures.” Cela s’applique en se focalisant sur ce que Jacques Attali appelle les secteurs de l’économie de la vie, c'est-à-dire les secteurs à impacts. L’écrivain en cite quelques-uns : la santé, l’éducation, l’hygiène, la culture, la création, l’alimentation, la distribution, le digital, la logistique, l'énergie renouvelable, le logement durable, l’eau, l’assurance et la finance durable.
 

Le digital est absolument déterminant car il est dans tout. Il est transversal.

 - Jacques Attali, économiste, écrivain et chef d'entreprise

Tous les secteurs sont interdépendants par rapport aux autres, selon Jacques Attali. La crise sanitaire a mis en exergue le rôle crucial du digital dans le maintien de l’économie mondiale. Elle en a aussi révélé les lacunes dans certains secteurs comme la santé ou la gestion des services publics. 

“Infodémie” : l’idée de vérité comme valeur est-elle menacée ?

Il y a d’abord le danger évident qu’est l'addiction, qui est liée à des algorithmes addictifs. Le deuxième danger est qu’on est en permanence surveillés, [...] la distinction entre dictature et démocratie deviendrait de plus en plus floue. Cela crée aussi un moyen de ne plus distinguer le vrai du faux, le réel du virtuel, l’information de la distraction.

 - Jacques Attali, économiste, écrivain et chef d'entreprise

Au-delà des réseaux sociaux actuels, ce qui vient très vite c’est l’automatisation des articles, de l’image et du texte. La clé de tout ça, va être la capacité de contrôler le vrai. Jacques Attali le confirme : le numérique est un amplificateur de la propagation des rumeurs et des opinions.”

Il nous faut apprendre dès l'école à distinguer un fait, une opinion et une croyance, qui sont trois choses différentes.

 - Jacques Attali, écrivain 

Jacques Attali pense que les réseaux sociaux jouent un rôle de propagateur dangereux de fausses informations. "Aujourd'hui il y a de grandes lacunes. Il faudrait développer un logiciel qui nous permettrait immédiatement de détecter si une information est vraie ou fausse”, propose l’essayiste.

Les origines et l’avenir de la révolution numérique

“Internet c’est d'abord un moyen de communication interpersonnelle, puis ensuite un moyen d’utopie libératrice, de savoir absolue”, rappelle Jacques Attali. 

Franck Negro pose la question suivante : la nouvelle forme marchande qu'a prise internet était-elle prévisible dans les années 70 ? Jacques Attali, à titre personnel, prévoyait en effet d’ores et déjà la commercialisation de ces outils. “C’était à prévoir puisque c’est dans la nature humaine d’artificialiser le vivant.” Selon lui, la clé de l'avenir c’est l’industrialisation du digital. 

Le digital n’est qu’une étape dans une évolution beaucoup plus vaste, où le passage d’une économie de l’énergie à une économie de l’information passera aussi par l’usage de l’information vivante.

 - Jacques Attali, économiste, écrivain et chef d'entreprise

Comment déployer les promesses du numérique ? 

Avant toute chose, Jacques Attali insiste sur le fait qu’il faut maîtriser la dynamique folle des grands géants. Comment ? Il répond en 4 points :

  • “Qu’ils veulent bien faire connaître le contenu de leurs algorithmes pour contrôler leur addictivité” 
  • “Les empêcher d’acheter des innovations pour les tuer ou pour simplement les mettre à leur service.”
  • “Les couper en morceaux”
  • “Faire en sorte qu’ils obéissent à des principes.”

Enfin, Jacques Attali en est convaincu : il faut éviter que toute l’économie digitale ne bascule dans la distraction.”

Quelques lectures pour l'été

Pour conclure cet échange, Franck Negro conseille quelques ouvrages qui auront pour but d'approfondir certains concepts clés cités lors de l'entretien.