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table ronde

Veolia, Phenix et News Tank Cities : quelles attentes pour la COP26 ?

Par : Lila Ricci
29 octobre 2021
Temps de lecture : 6 min
Chapo

À quelques jours de l’ouverture de la COP26 et quelques semaines de la 2e édition du Sustainable Paris Forum, le HUB Institute recevait Carine Kraus, Senior Vice-president Sustainable Development chez Veolia, Jean Moreau, co-fondateur et CEO de Phenix, et Razzy Hammadi, Directeur général associé de News Tank Cities. Réunis pour une table ronde, ces experts se sont prononcés sur les vecteurs d’accélération du sustainable leadership, et sur les attentes qu’ils avaient pour les échanges de Glasgow. 

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Comment le sujet de la COP est-il abordé chez Veolia, et comment est-il suivi en interne ?

En introduction de sa réponse, Carine Kraus revient brièvement sur le contexte de la conférence elle-même. Pour ce faire, elle reprend un propos tenu par Laurent Fabius, autrefois président de la COP21 : "La COP21 a vraiment posé les principes, maintenant c’est la COP de l’action". Certes, cette édition comporte son lot d’incertitudes, notamment sur la présence de la Chine, ou d’autres pays restreints par leur accès au vaccin de la COVID. Pourtant, l’experte est convaincue que cette COP sera forte en engagements. Beaucoup de pays ont envie d’avancer sur la question de la transition, et le Pacte vert pour l’Europe laisse voir des perspectives prometteuses : plus de véhicules thermiques ou hybrides. 

Déjà en 2014, Veolia signait un engagement avec une banque mondiale afin de suivre le prix du carbone. Son désinvestissement du charbon, avant responsables de 30% de ses émissions, ne s’est pas arrêté à l’abandon de ses installations existantes : 1 milliard d’euros de CAPEX a été mobilisé pour les réinvestir au profit des énergies renouvelables. Les actions de Veolia se traduisent aussi par une réduction et une compensation de ses émissions, mais aussi par leur capture et leur stockage, un sujet que Carine Kraus estime de taille dans le cadre de la COP26. Enfin, à la lumière des solutions technologiques à notre portée, et du momentum politique flagrant, la responsable en développement durable se déclare optimiste. 

Nouveau call-to-action

Qu’avez-vous pu observer au cours des derniers mois en termes de prise de conscience des grands groupes et des consommateurs via l’activité de Phenix ? 

Spécialiste du gaspillage et des invendus, Phenix récupère les denrées en fin de vie chez les industriels agroalimentaires et les chaînes de production. Ces produits rescapés sont ensuite reversés à des associations, ou bien proposés à prix cassé aux consommateurs séduits par l’économie circulaire. Le gaspillage alimentaire, un sujet critique au niveau environnemental car gros émetteur de gaz à effet de serre, met aussi de plus en plus à contribution la vente BtoB.  Avec sa double casquette de co-président de Mouvement Impact France, Jean Moreau considère qu’une première étape a été franchie dans la lutte pour le climat, grâce à l’émergence de pionniers. Par eux, les entreprises sont les témoins d’une voie concrète, alternative à leur façon actuelle d’opérer. Dans ce sens, continue l’expert, les entreprises à impact peuvent véritablement changer les choses. La prochaine étape, en effet, sera d’amener les géants du CAC40 à se joindre à la cause. 

Impact pour les territoires, les collectivités… Sont-ils prêts à faire de cette COP un succès ? 

La COP26 fait partie de ces événements qui mobilisent les collectivités ou bien sont motivés par elles, et dans ce cas précis, on attend d’elles des contributions nationales déterminées. Razzy Hammadi rappelle que la question des réductions d’émissions et de leur financement revient avant tout aux collectivités locales, qui reçoivent une majorité de l'investissement public français. Pour lui, il n’est donc pas concevable de penser une stratégie de transition sans elles. 

L’expert qualifie les villes de “moteur du changement”, et se justifie en donnant l’exemple des amendes à payer par les pays qui dépasseraient le seuil d’émission. Pour ne pas régler ces pénalités, les collectivités mettent en place des Zones à Faibles Émissions avec des mesures contraignantes. Les villes, après tout, sont les mieux placées pour évaluer les besoins qu’exige une baisse des émissions au niveau local (alimentation, stockage, mobilités, captation, etc.). Les organisations européennes et mondiales expriment leur souhait d’être associées aux objectifs, au financement, et demandent la prise en compte de la transversalité des impacts de ces objectifs pour les collectivités. 

Le Secrétaire général de l’ONU appelle à une coalition mondiale, est-ce possible ? 

Carine Kraus juge le collectif indispensable, l’urgence de situation liant les entreprises, les politiques, les financements et les citoyens. Un autre outil de la transition, précise l’experte, est sans nul doute l’éducation et la formation : pour passer d’une génération sensibilisée à une génération formée, Veolia a ouvert sa propre École de la transition écologique, où sont enseignés les métiers de demain, et les nouvelles compétences attendues par les entreprises. 

Les consommateurs ont compris que leur carte bleue était une carte de vote.

- Razzy Hammadi, Directeur associé (News Tank Cities)

Jean Moreau est enthousiaste, car pour lui plusieurs messages sont en train d’être relayés aux entreprises : les consommateurs font comprendre aux marques ce qu’ils désirent, et les jeunes talents déclarent chercher du sens dans leur emploi. De plus, la dynamique de la taxonomie verte portée par Bruxelles fait converger les financements sur ces sujets de transformation. Razzy Hammadi se réjouit de constater qu’à toutes les échelles, les villes multiplient les solutions concrètes, en réponse ici aussi à une demande grandissante du public. L’expert reprend ensuite une observation de l’OCDE, qu’il juge inspirante : “les résultats les plus efficaces sont enregistrés lors où la transversalité et la gouvernance au niveau local sont optimisées". Pour lui, efficacité et cohérence sont la clé du passage à l’action. 

Le directeur de News Tank Cities congratule aussi les élus locaux s’étant spécialisés dans des sujets précis, tels que la méthanisation, car l’absence d’un plan national sur ces questions signifie qu’elles doivent être pilotées au niveau local. Grâce aux plans de relance post-COVID, les collectivités françaises pourraient, de fait, prendre en charge et financer la rénovation énergétique à leur échelle. 

La taxonomie : comment accompagner l’entreprise sur ces sujets, comment la gérer, comment l’anticiper ? 

Veolia dispose d’une équipe dédiée pour traiter ce sujet majeur, qui dépend d’un grand nombre de critères objectifs. Carine Kraus estime que cette initiative du Pacte Vert est importante, car elle permet d’objectiver et de quantifier l’impact de tous. Pour Phenix, la taxonomie est même une opportunité, car elle a déclenché un afflux massif de financement vers les entreprises à impact. Son CEO invite d’ailleurs les personnes souhaitant se lancer dans cette industrie de ne pas attendre, leur rappelant qu’il y a à ce jour plus de fonds que de projets d’envergure à financer. 

Le directeur associé de News Tank Cities rappelle que la transition énergétique devrait nous coûter plusieurs milliards par an, et des choix devront être faits. Jean Pisani-Ferry, auteur de "L'Autre ou le grand continent", écrit que la transformation de notre société va demander d’énormes investissements, qui ne seront pas tous forcément rentables. Ainsi conclut-il sur une question : nous retrouverons-nous avec une dette filante pour financer l’avenir ? Mais cette interrogation ne peut pas se trancher facilement, et Razzy Hammadi espère que la COP26 saura nous apporter un élément de réponse.

Retrouvez ici l’ensemble des interventions du webinar PréCOP26

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Chef de Projet HUB Cities