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Blockchain : nouvelle collaboration entre Exaion (EDF) et Forge (Société Générale)

Par : Lionel Koffi
11 juin 2021
Temps de lecture : 5 min
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Exaion, jeune filiale du Groupe EDF, accompagne les entreprises dans leurs projets numériques liés à la blockchain et au calcul haute performance, avec “une approche à impact environnemental réduit”. Retour, en interview, sur le partenariat signé avec Forge, filiale de la Société Générale spécialisée dans l'émission de titres financiers numériques, avec Fatih Balyeli, CEO (Exaion).

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HUB Institute : On entend régulièrement parler de la technologie blockchain depuis plusieurs années maintenant. Pouvez-vous expliquer comment Exaion la conçoit et l’utilise ?

Photo Fatih Balyeli Interview Lionel Koffi Hub Institute Exaion BlockchainFatih Balyeli : Pour donner la définition la plus simple possible, la blockchain est une technologie de transfert et de stockage d’informations, qui permet de le faire de manière transparente, sécurisée et centralisée. C’est une technologie qui automatise de nombreux processus complexes, à une vitesse exponentielle. Outre une activité spécialisée dans le cloud computing (calculateurs haute performance), Exaion propose une solution blockchain-as-a-service, vendue souveraine et sécurisée. Celle-ci permet d’établir des contrats intelligents de gestion autour de la blockchain, ou smart contracts, avec ses clients. L’objectif ? Que nos clients développent des services sur-mesure sans se soucier de l’aspect technologique. Nous n’intervenons donc pas sur le réseau spécifique des crypto-monnaies, mais utilisons plutôt la technologie blockchain comme un moyen d’améliorer les opérations financières, entre autres domaines d’intervention.

Prenons l’exemple  d’une entreprise de l’industrie pharmaceutique qui souhaite transporter ses vaccins contre le COVID-19. Pour le faire dans les meilleures conditions possibles, l’opération nécessite de transporter les vaccins en respectant des données et un parcours précis : aujourd'hui, en utilisant la blockchain, ont peut retracer précisément chaque étape, vérifier que l’ARN messager n’a pas été endommagé, et que le vaccin est arrivé intact jusqu’à telle ou telle pharmacie, par exemple. De plus, la blockchain que propose Exaion n’utilise pas un seul, mais une quinzaine de protocoles, dont les plus en vue aujourd’hui (Ethereum, Tezos, etc.). Ceci est idéal pour la traçabilité, la simplification et l’identification des transactions, avec une technologie adaptable à chaque cas d’usage de chaque client. Enfin, notre approche qui n’est pas “vendor lock-in”, permet de laisser chaque client libre de changer de fournisseur : le contrat intelligent est la propriété du client.

HUB Institute : Vous travaillez actuellement avec SG Forge pour développer les “smart contracts” grâce à la blockchain. Quels sont les apports de la blockchain pour le secteur bancaire ?

FB : Pour l'anecdote, Forge et Exaion travaillaient en parallèle et sans le savoir, sur des proto-projets blockchain au sein de leurs maisons-mères respectives depuis 2018. Cette complémentarité entre l’approche financière de Forge et l’approche technologique d’Exaion était un moyen naturel de s'adresser à une clientèle internationale grâce à la puissance des groupes que sont EDF et la Société Générale, après un rapprochement en 2020.

Aujourd’hui, s’agissant de blockchain, elle permet de tracer les opérations financières. C’est l’exemple du récent deal de la BEI (Banque européenne d'investissement) qui a émis des titres obligataires très simples en partenariat avec Goldman Sachs et Santander : Exaion a fourni l'infrastructure nécessaire pour réaliser cette transaction.

À lire également : "Quand les banques et les assurances se réinventent grâce au Cloud et à l’IA"

HUB Institute : Vous l'avez mentionné, il s’agit d’un projet avec une dimension “bas carbone”, qui a motivé, entre autres, le choix fait par la Société Générale. Comment intégrez-vous cet aspect dans vos actions ?

FB : En tant que filiale d’EDF, nous avons un ADN lié à la consommation d’énergie bas carbone. Dans chaque décision, nous prenons en compte l’impact carbone de ce qu’on fait, comme avec le matériel utilisé pour les supercalculateurs qui est recyclé, car les neufs consomment beaucoup d’énergie. Nous adaptons également nos grilles tarifaires pour inciter les clients à utiliser les heures creuses en priorité, pour garantir un mix énergétique cohérent. A la fin, nous avons un produit "eco-friendly”, mais il importe de rester réaliste : de nombreux obstacles sont physiques, donc liés à la nature même des outils ; les data centers nécessitent de grosses machines qui fonctionnent en permanence, donc le niveau “zéro carbone” est impossible à atteindre ici. Nous essayons de faire le maximum, notamment pour réduire la consommation de nos machines à 20 grammes de CO2 par kwH (contre environ 40g aujourd’hui), ce qui les rendra 10 fois moins polluantes que dans les industries classiques.

La difficulté du secteur à intégrer l’aspect environnemental est dû au niveau de complexité des opérations, qui impliquent un grand nombre de calculateurs qui tournent en permanence. Pour autant, il s’agit de choisir la bonne technologie et de modifier les algorithmes pour faire tourner beaucoup moins de machines. Les plateformes que nous utilisons, comme Tezos, permettent par exemple des modifications “on chain”, qui ne nécessitent pas de passer par des blockchains tierces. Il s’agit de protocoles de 3ème génération qui respectent les accords environnementaux. A ce propos, nous avons aussi signé le Crypto Climate Accord, qui vise à réduire d’ici 2025 la part des énergies fossiles  liées aux crypto-monnaies.

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HUB Institute : Qui dit utilisation des données, dit également sécurité et souveraineté. Quelle est votre approche à ce sujet ?

FB : Le point important, c’est de savoir où on fait tourner les infrastructures. Nous le constatons, le sujet de la souveraineté des données entraîne des réticences selon les zones géographiques, comme avec certains acteurs en Asie, par exemple. Le premier conseil que nous donnons à nos clients est, lorsqu’ils sont basés en Europe, de passer par un acteur européen : cela permet d’éviter les risques d’interception des informations, d’espionnage, etc.

Historiquement, pour faire tourner un contrat intelligent sur le protocole blockchain Ethereum, on passait par le gestionnaire d’infrastructures (API) Infura. Toutefois, un accident de réseau en 2020 chez Infura a provoqué un bug, qui a bloqué, au niveau mondial, toutes les opérations autour d’Ethereum. De la même manière, des acteurs qui miseraient tout sur les services d’entreprises américaines, par exemple, prendraient le risque de s’exposer à des blackouts.

Chez Exaion, nous conseillons à nos clients d’aller au bout de la logique : il paraît contre-intuitif de décentraliser une technologie chez un seul et même gestionnaire d’infrastructure cloud. Pour cela, il faut avoir au moins 3 fournisseurs différents. Si vous voulez faire de la blockchain, il ne faut pas tout mettre chez Exaion, mais passer par 3 acteurs différents, indépendants et décentralisés : Infura, Exaion et un acteur américain, par exemple.


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Lionel
Koffi
Journaliste | Rédacteur

Issu d'une formation en école de commerce, Lionel se lance dans les métiers de l'écriture et de l'information, et plus particulièrement dans la rédaction et le journalisme d’entreprise. Au HUB Institute, il utilise notamment ses connaissances en économie et ses expériences en entreprise pour analyser et partager les tendances liées au numérique et à l'actualité socio-économique — newsletter trihebdomadaire HUBRADAR, articles, interviews, couverture et résumés d'événements, brand content...