OCDE : Enjeux de mobilité dans les villes médianes

Par : Chloé Joubert
1 avril 2021
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Au cours de la dernière décennie, l'OCDE a considérablement étoffé et amélioré les données économiques, sociales, environnementales et institutionnelles des villes pour conduire des dialogues sur les politiques publiques. Aziza Akhmouch - Head of Division, Cities, Urban Policies & Sustainable Development à l’OCDE - aborde le triptyque entre le numérique, la mobilité durable & urbaine et le potentiel des villes de taille moyenne dans cette ère post-Covid. 

  • Son analyse prend racine dans la révolution du télétravail, qui s’est considérablement accélérée avec la pandémie. Celle-ci soulève de nouveaux enjeux tant au niveau des choix de préférence des citadins que dans l’équilibre spatial. Précisons que la “télétravaillabilité” (capacité des territoires à permettre à leurs habitants de travailler de chez eux) varie selon le type et la structure de productivité des villes. Par exemple, dans les métropoles, plus de la moitié des emplois sont éligibles au télétravail. 
     
  • Dans les médias, cette généralisation du travail à domicile a donné lieu à de nombreuses réflexions sur le départ des citadins pour “se mettre au vert” et améliorer leur qualité de vie. Cependant, il ressort des études de l’OCDE, que les individus se concentrent dans les métropoles pour des dimensions également liées au bien-être, dépassant les indicateurs économiques traditionnels tels que la productivité. 
     
  • Durant la pandémie, une redécouverte de la proximité et de l’accessibilité s’est alors engagée aboutissant à un réel changement de paradigme où l’urbanisme tactique occupe une place centrale. Cela a permis de prendre des décisions rapides en termes d’aménagement, comme en témoignent la profusion de "coronapistes". Plus globalement, il s’agit d’une accélération de la réflexion autour des villes du 1/4 d’heure mais aussi des territoires de la 1/2 heure destinés à connecter l’urbain au rural. Ces messages reflètent la nécessité de passer d’une logique de mobilité à une logique d’accessibilité.
     
  • Néanmoins, Aziza Akhmouch met en garde sur les risques d’inégalités et de ségrégation spatiale que peut créer ce changement de paradigme. Promouvoir l’accessibilité au profit de la mobilité ne doit pas aller de pair avec l’enclavement de territoires défavorisés. En effet, plus on s’éloigne du centre, plus les opportunités se font rares dans un rayon immédiat et ce même dans des zones très denses. La ville ne doit donc pas se définir seulement par ses frontières administratives mais par une approche fonctionnelle correspondant à des bassins de vie et d'emploi. 
     
  • Enfin, si les villes moyennes présentent des opportunités (qualité de vie, accessibilité, abordabilité, moins d’inégalités), elles soulèvent de nombreux challenges : accès à l’emploi, attractivité des entreprises, raréfaction des services publics, connectivité et infrastructures... Il faut aussi garder à l'esprit l'hétérogénéité entre ces villes de tailles moyennes. En effet, selon leur proximité avec des métropoles, elles peuvent emprunter leurs dynamiques (“effets d'agglomération"). 
     
  • Dans tous les cas, la pandémie et les nouveaux paradigmes qui en découlent ont créé des opportunités pour ces territoires dans le cadre d’un système urbain plus polycentrique et équilibré.