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Gilles Babinet : le numérique est-il l'avenir de l'écologie ?

Par : Maxime Tricoire
8 décembre 2021
Temps de visionnage11:15 min

Sur le sujet de l'impact environnemental, le numérique est souvent perçu comme faisant à la fois partie de la solution et du problème. Présent sur la scène du Sustainable Paris Forum, Gilles Babinet, Digital champion pour la France de la Commission européenne, a livré à l'audience son point de vue sur la question.

En introduction, Gilles Babinet revient sur la mauvaise image du numérique en matière d'impact environnemental. "En France, le numérique est assez stigmatisé du fait qu'il serait en partie responsable du réchauffement climatique. Pourtant, une étude menée par L’Agence Internationale de l'Énergie pendant le confinement sur les data center des entreprises télécom montre que l'usage ou non de ces infrastructures n'a aucune incidence en matière de consommation énergétique", explique-t-il. Si l'impact est minime, il n'est pour autant pas inexistant, indique Gilles Babinet. "L'empreinte carbone du numérique est principalement liée aux processus de fabrication des infrastructures. Ceux-ci se concentrent dans 4 pays dont les sources d'énergie sont majoritairement carbonées."

Quand on voit les scénarios de l'ADEME indiquant un potentiel impact du numérique sur l'environnement, on remarque qu'il y'a une décorrélation entre opinion générale et fait scientifique. […] Ce n'est cependant pas le cas dans toutes les régions du monde : dans les pays scandinaves, le numérique arrive en deuxième ou troisième position des solutions permettant de résoudre la crise climatique.

- Gilles Babinet, Digital champion pour la France (Commission européenne)

Ce nouveau paradigme fait émerger la notion de "numérique vert", notion à laquelle Gilles Babinet adhère. "Nous sommes de toute manière incapables de faire fonctionner notre planète sans le numérique […] Si on utilisait les technologies des années 60 pour opérer les supply chains du monde entier, il nous faudrait consommer une planète de plus", explique-t-il. L'expert cite pêle-mêle plusieurs exemples : l'usage des véhicules autonomes permettant de multiplier par 5 le nombre de personnes sur une autoroute sans augmenter le nombre de voies, l'optimisation du chargement d'avions et de camions grâce à l'IA, l'usage du machine learning pour agir sur la faune et la flore…

Pour le champion français, la capacité d'intégrer l'ensemble des publics dans l'économie numérique est l'un des principaux enjeux pour qui veut atteindre un numérique responsable. Et sur ce sujet, la France est parfois en retard. Une situation que Gilles Babinet explique par deux facteurs : l'arrêt des politiques publiques d'inclusion entre 2011 et 2019, ainsi qu'une vision trop centralisée de ces dernières. "Pourtant, on se rend compte que quand ces politiques d'inclusions sont portées par les acteurs territoriaux elles s'avèrent bien plus efficaces", complète Gilles Babinet. Il cite en exemple la Californie et Israël, qui ont su appréhender les mécanismes culturels pour les mettre au service du management digital, ainsi qu'au développement et au déploiement des technologies.

Si la France a réussi le défi de l'économie du 1% (où les élites ont modernisé les systèmes et crée des startups), elle cherche aujourd'hui, avec plus de difficulté, à relever le challenge de l'économie du 10% (où l'on cherche à massifier l'usage de la technologie à tous les niveaux). Une situation que l'expert explique par le manque de ressources humaines disponibles, dues en partie à un manque d'investissement dans la recherche et l’enseignement supérieur. "Là où nous investissons 3,5% de notre PIB, les pays les plus avancés sont aux alentours de 5% sur ces deux fonctions." Et ce dernier de conclure qu'"avoir la prétention de devenir une Digital Nation et avoir autant abandonné ces systèmes-là est quelque chose de complètement dichotomique."


Retrouvez dès à présent l'ensemble des interventions du Sustainable Paris Forum en vidéo !

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