Video time
12:12 min

UITP : quel visage pour le transport public de demain ?

Par : Ulysse Burel
8 février 2022
Temps de visionnage12:12 min

Les transports publics ont été profondément impactés par la pandémie : pendant plusieurs mois, une majorité d’usagers dans le monde ont été contraints de ne plus se déplacer. Malgré tout, ces bouleversements ont prouvé le rôle prépondérant des transports publics dans l’organisation même de la société, au travers de l’économie des territoires et du fonctionnement global de la vie. Sylvain Haon, Directeur Principal, Stratégie de l’Union Internationale pour les Transports Publics, revient sur les constats établis durant cette crise et énonce des pistes de réflexion. 

Il n’est pas déraisonnable de rappeler l’impact colossal qu’ont eu, aux quatre coins du globe, les différents confinements de début 2020 sur le transport public. Si la même tendance d’arrêt brutal de la fréquentation a été constatée partout, la gestion d’après-crise, quant à elle, n’est pas semblable en fonction des continents. Ainsi, trois constats d’ensemble ont été mis en lumière par Sylvain Haon. 

  • Aucun territoire — sauf très rares exceptions — n’a retrouvé le niveau de fréquentation de 2019, avant la crise. 
  • Des différences importantes peuvent être dénotées d’une région du monde à l’autre au niveau de la reprise : alors que l’Asie et l’Europe se sont démarquées en retrouvant un niveau plutôt honorable de fréquentation des transports publics, l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud peinent quant à elles à retrouver leur volume d’usagers pré-pandémie. Cela s’explique par de multiples facteurs, dont naturellement une intensité de la pandémie variable en fonction des pays, les mesures mises en place par les pouvoirs publics, mais aussi et surtout, souligne Sylvain Haon, par les messages envoyés par ces mêmes pouvoirs publics à la population. 
  • Au sein même des différentes régions du monde, il convient de regarder les évolutions et reprises en fonction des villes qui n’abordent pas l’après-crise avec le même volume, ni les mêmes tendances. 

La grande question qui se pose alors, une fois les constats posés, est la suivante : “quand retrouverons-nous un trafic normal ?”. Si, une fois encore, cela diffère en fonction des territoires, il convient de rappeler que l’“on observe une modification au moins partielle des habitudes liées aux déplacements ; on doit être prudents sur l’intensité des changements mais il y en a, et ils touchent notamment certaines catégories de population” comme les actifs, via l’essor du télétravail. Les politiques publiques, à travers la ville du quart d’heure souhaitée par certains élus locaux, vont transformer également les flux et modes de transports.

Selon l’expert, il sera probablement très compliqué de retrouver le niveau d’utilisation des transports publics de l’avant-crise dans certaines villes, sans compter le lissage de la demande en journée (moins de déplacements pendulaires, ce qui se traduit par un volume de la demande moins élevé dans les heures dites “de pointe”). On observe en revanche un retour à la normale beaucoup plus rapide sur les heures et jours “creux”, le week-end notamment. Toutefois, il faut prendre en considération l’urbanisation qui, elle, continue notamment d’augmenter dans les grandes métropoles et qui finira par entraîner, de fait, un besoin d’offre de transports publics supplémentaire. Les conséquences sur le transport public sont alors multiples. En effet, la conjoncture actuelle pousse tout d’abord le secteur à faire évoluer son modèle économique avec une augmentation des coûts (afin d’offrir une meilleure expérience voyageur), une évolution de la structure des coûts (via par exemple l’électrification des flottes de bus) et une explosion de la facture énergétique

Mais le secteur des transports publics accélère également la redéfinition de son offre, englobant par exemple les grands enjeux tels que le MaaS, la création de hubs multimodaux et l’intégration de plusieurs services nouveaux, dans le but “d’optimiser l’offre de mobilité en repartant des besoins des usagers”. Enfin, à l’ère de la voiture électrique, de la marche et du vélo, quelle est la place du transport public ? Sont-ils encore utiles malgré l’évolution de la demande ? C’est la question que nous avons posée à Sylvain Haon, qui affiche sa confiance quant aux modes de transports collectifs.

Nous avons entendu précédemment les enjeux auxquels nous faisons face : les enjeux climatiques, ceux liés à la transition énergétique et leur impact économique... On ne peut pas considérer la ville de demain, qui demeure le lieu d’interactions sociales le plus dynamique, sans penser une ville qui se structure autour d’un réseau, d’une colonne vertébrale faite du transport public de masse [...] il faut à tout prix éviter le piège d’opposer les modes actifs et le transport public.

- Sylvain Haon, Directeur Principal, Stratégie (UITP)

Aussi, modes actifs et transports collectifs sont deux modes de transport complémentaires, qu’il convient de penser avec cohérence, via notamment la création de hubs multimodaux. Ils ne répondent pas réellement aux mêmes besoins mais, une fois juxtaposés, ils offrent une diversité de service très intéressante.  Il est important de rappeler, enfin, que le transport public représente également une source d’emplois locaux non négligeable (20% de l’emploi des transports en Europe), une accessibilité pour tous via la connectivité, une réponse au besoin d’inclusion sociale dans les territoires, et permet également d’investir dans l’économie locale ; en effet, chaque euro investi est égal à 4 euros de produits supplémentaires pour l’économie. Pour Sylvain Haon, le transport public a donc encore de beaux jours devant lui. 


Retrouvez dès à présent l'ensemble des interventions du Sustainable Mobility Forum !

Nouveau call-to-action