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Les nouvelles mobilités au cœur de la smart city

Par : Xavier Biseul
27 août 2019
Temps de lecture : 5 min
Chapo

De la trottinette électrique à la voiture en autopartage, les offres de mobilité se sont multipliées ces dernières années, au risque de saturer l'espace urbain. Les plateformes de "mobilité as a service" tentent de répondre à ce problème de gouvernance, à condition de trouver le "bon" modèle économique.

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Le mythe de la voiture comme apanage de la réussite sociale a vécu. Un nombre croissant de particuliers estiment pouvoir vivre sans leur chère (dans les deux sens du terme) automobile. Selon un récent sondage Ifop pour le compte du loueur Sixt, la notion de propriété s’estompe clairement au profit de l’usage.

Au regard des coûts à l'acquisition et à l'usage, des difficultés de stationnement, des embouteillages et de l'impact sur l'environnement, 32% des Français se disent prêts à renoncer à leur véhicule personnel au profit des mobilités partagées.

L'offre répond à cette tendance. Dans le sillage de l’essor de l’économie du partage, de nouvelles formes de mobilité ont émergé avec, par ordre d'apparition, le covoiturage, les VTC, la voiture en autopartage, les vélos, scooters et autres trottinettes en libre-service. En attendant demain le taxi volant !

Selon une étude de l'Ademe remontant à mai 2017, cette multimodalité gagne du terrain. 29% des Français déclarent arbitrer entre plusieurs modes de transport selon les circonstances, soit un gain de huit points en deux ans. Elle est, bien sûr, surtout le fait des grandes métropoles qui ont accueilli les services des opérateurs de "free floating". 

La multiplication, parfois chaotique - le feuilleton estival des trottinettes à Paris l'a rappelé -, des offres de mobilité pose la question de leur gouvernance. Il ne s'agit pas d'opposer un mode de déplacement à une autre ou les plateformes technologiques privées aux services publics. Au contraire, l'enjeu vise à assurer intelligemment leur coordination afin de réduire la congestion et la pollution de l'espace urbain. 

Cette offre de transport multimodale doit se situer à hauteur de trottoir, à la place du piéton que nous sommes tout à un moment ou à un autre de la journée. Pour relier un point A à un point B, quels sont les moyens de transport qui s'offrent à moi pour un trajet le plus rapide, économique et vertueux possible ?

Constructeurs automobiles, acteurs du transport public, GAFA et pure players, tous se sont lancés dans la résolution de cette équation à plusieurs inconnues qui a pour acronyme MaaS pour Mobility-as-a-Service.

Se substituant aux nombreuses applications mobiles dédiées au transport qui envahissent nos smartphones, une plateforme digitale de MaaS réunit l’ensemble des offres de mobilité. Intégrant l'information trafic en temps réel, elle accompagne le voyageur de la planification de son trajet au paiement du titre de transport. 

La bataille du "dernier kilomètre"

Dans cette bataille dite du "dernier kilomètre" qui sépare un voyageur de sa destination, les acteurs de tout horizon multiplient les annonces. Outre-Rhin, les deux constructeurs automobiles BMW et Daimler unifient leurs services de mobilité respectifs – ce qui représentent déjà 60 millions d'utilisateurs - et investissent en commun un milliard d'euros (source L'Argus). Le loueur allemand Sixt propose aussi une offre de MaaS à destination des entreprises. 

En France, la SNCF a refondu son application mobile mi-juin. Rebaptisée tout simplement l'Assistant, elle vise à faire aimer le train mais aussi à l'occasion le vélo, le bus ou le taxi en partance ou en direction d'une gare. L'appli propose le calcul d'itinéraire en tenant compte des aléas de circulation ainsi que la réservation et le paiement d'un VTC (Marcel et LeCab) ou d'un taxi.

D'ici la fin de l'année, il sera aussi possible d'acheter et de valider des tickets de transport public, comme c’est déjà le cas à Strasbourg, grâce à la technologie de transmission sans contact NFC.

Connu pour son service de cartographie, Mappy se présente, pour sa part, comme "l’assistant de tous les modes de déplacement, toutes distances, partout en France". Il se trouvera dans les prochaines semaines en concurrence avec Google Maps qui lui aussi prévoit dans un billet de blog de combiner vélo, transports en commun et services de VTC. Enfin, l'application d'Uber géolocalise désormais, à Paris, les trottinettes et vélos en libre-service à côté de ses VTC.

Dans une tribune libre publiée dans Le Monde, trois consultants et chercheurs au Boston Consulting Group, estiment toutefois qu'aucune proposition de valeur complète n’a vu le jour à date. "La plupart des plateformes de MaaS existantes se contentent de juxtaposer des offres de mobilité et de revendre des titres de transport unitaires aux voyageurs, moyennant une commission prélevée aux opérateurs." 

Leur business model n’est tenable que si les voyageurs privilégient les modes de transport les moins coûteux. Or, la tarification "tout inclus" les incite à la démarche inverse. Les signataires du billet citent, en exemple, le cas d'Helsinki, berceau historique du MaaS.

Moyennent un abonnement de 500 euros par mois, les habitants de la capitale finlandaise peuvent se déplacer à leur guise en métro, à vélo ou en taxi. A ce prix, ils privilégient sans surprise le moyen de transport individuel le plus cher et le plus polluant.

Pour les auteurs, seule l’autorité publique a le pouvoir de mettre en place des mécanismes incitatifs qui poussent les usagers à utiliser les modes les plus économiques en réduisant la part de la voiture, en repensant la politique de subventions ou en jouant sur les heures creuses et des heures pleines pour lisser la fréquentation des transports publics.

Cette mobilité intelligente ou smart mobility ne peut advenir que par une exploitation fine de la donnée.

Pionnière de l'open data, la ville d'Issy-les-Moulineaux se propose à travers son programme So Mobility d'ouvrir l'accès aux informations de trafic en temps réel, tous modes de transports confondus. L'objectif de ce projet vise notamment à croiser les données du portail européen Open Transport Net à celles du su syndicat des transports d'Île-de-France. Les capteurs placés sur la voirie ou dans les parking Indigo donnent, eux, une vue générale de la disponibilité des places de stationnement.

L’agglomération de Mulhouse teste, elle, depuis un an, un "Compte Mobilité" qui permet aux usagers d'accéder à toute l’offre de transport - bus, tram, vélos en libre-service, voitures en autopartage – et, ce, sans engagement. En fin de mois, l’usager ne paie que les services effectivement consommés réunis sur une seule facture.

Il suit en temps réel sa consommation et est en notifié en cas de dépassement du budget qu'il s'est fixé. Cerise sur le gâteau, en agrégeant les données générées par les différents moyens de transport, Mulhouse Alsace Agglomération (m2a) pourra s'appuyer sur une connaissance fine des pratiques de déplacement pour optimiser son plan de mobilité. 

HUB Smart City Forum

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Biseul

Journaliste spécialisé