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2019

Prévisions 2019 : les tendances des tendances

Par : Benoit Zante
17 décembre 2018
Temps de lecture : 7 min
Chapo

Les équipes du HUB Institute ont compilé et analysé les tendances et les prévisions pour 2019 fournies par les cabinets de conseils, les marques, les agences et les futurologues… Voici ce qu’il faut en retenir.

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On parlera encore et toujours d’IA !

Une certitude : si votre liste de tendances pour 2019 ne parle pas de l’Intelligence Artificielle, votre crédibilité en prendra un coup ! Difficile, encore une fois, de passer à côté : de l’alimentation à la santé en passant par le marketing ou la mode, l'IA est partout.

Si le magazine américain Inc. annonce une vague de faillites et rachats de startups prétendant faire de l’IA (“au mieux, on verra que leurs technologies reposaient sur des algorithmes standards, au pire que ce n’était que du vent”), c’est pour mieux annoncer une nouvelle lame de fond : l’arrivée d'une vague de startups dont les outils génèrent leurs propres données.

Du côté de Gartner, le cabinet estime que, faute de talents en nombre suffisant, l’IA restera encore pendant quelques années le fait d’apprentis-sorciers, opérant en marge de leurs organisations… Mais les choses changeront quand les entreprises sortiront l’IA du stade de l’expérimentation pour s’intéresser à son impact business.

La voix ne va pas remplacer l’écran

Autre buzzword toujours d’actualité, la voix. Deloitte prévoit ainsi que les enceintes connectées seront les terminaux connectés en plus forte croissance en 2019, avec 250 millions d’appareils installés dans le monde à la fin de l’année. La croissance sera portée par les marchés non-anglophones, que les Amazon Echo, Google Home et autres Xiaomi AI commencent à conquérir. En parallèle, la qualité de la reconnaissance vocale va continuer à s’affiner et le prix des enceintes va baisser… Une partie de la croissance pourrait venir du BtoB, notamment des hôteliers, qui commencent à équiper leurs chambres d’enceintes intelligentes.

Mais quid des usages ? Pour Inc., la “Voice” n’est pas prête de remplacer les écrans et les claviers, mais elle restera un mode d’accès complémentaire au web. Tout est une question de simplicité d’usage : les consommateurs veulent l’expérience la plus pratique pour eux, en fonction de leur contexte.

Tout le monde aura son “jumeau numérique”

C’est officiel : les “jumeaux numériques” sont désormais au sommet de sa courbe de “hype” du Gartner. Le cabinet estime que ceux-ci vont devenir “mainstream” dans les entreprises, d’ici 5 à 10 ans. Mais qu’est-ce qu’un “jumeau numérique” ? Grâce aux capteurs de l’internet des objets, il devient possible de modéliser précisément et en temps réel des systèmes (entreprise, usine, infrastructure…). L’intérêt est clair : avec la visualisation des données et des interactions, il devient possible de gagner en efficacité opérationnelle, d’anticiper les crises ou de concevoir des écosystèmes plus flexibles.

Le “jumeau numérique” ne se limite pas à l’industrie : il peut aussi s’appliquer à des organisations, ou même,… à l’humain. Ericsonn prédit notamment l’arrivée d’avatars de plus en plus réalistes “qui nous permettront d’être à deux endroits à la fois” : avec le développement de la réalité virtuelle et de la réalité augmentée, leurs usages vont largement dépasser ceux du jeu vidéo.

Transparence & confiance seront toujours plus importantes

En choisissant le thème “No Trust, No Business” pour son édition 2018, le HUBFORUM ne s’était pas trompé : la thématique de la confiance sera plus que jamais d’actualité en 2019… Fake news, faux influenceurs, fraudes, failles de sécurité, fuite de données… les motifs d’inquiétude de la part des citoyens, mais aussi des entreprises entre elles, sont légion. “Il faut agir rapidement pour reconstruire la confiance, avant qu’elle ne soit brisée pour toujours” explique notamment Keith Weed, le CMO d’Unilever (sur le départ), cité par JWT dans sa tendance “Instagram Backlash”, à propos des influenceurs.

Cette notion de confiance est intimement liée à celle de la transparence. “Si les entreprises s’organisent autour de la transparence, elles pourront reconstruire la confiance” estime Fjord, l’agence de design d’Accenture. Pour sa part, Trendwatching parle de “Superhuman Resources” pour qualifier la demande croissante des citoyens pour des “intelligences artificielles et des algorithmes qui prennent des décisions juste et non-biaisée”. 

C'est sûr : face à la “boite noire” technologique, le besoin de comprendre et de “soulever le capot” est plus fort que jamais, que ce soit pour les professionnels ou les consommateurs.

La santé mentale devient un sujet de préoccupation

“Digital Detox” chez Ford, lutte contre l’”obésité mentale” chez Ericsson, “Social Media Wellbeing”, chez JWT : la question de la santé mentale, mise à rude épreuve avec les sur-sollicitations des smartphones et des réseaux sociaux, arrive sur le devant de la scène. Sous l’impulsion de lanceurs d’alerte, comme Tristan Harris, le fondateur de “Time Well Spent”, les plateformes - Google, Apple et Facebook en tête - commencent à étudier l’impact de leurs technologies sur nos comportements et à fournir des outils pour reprendre le contrôle.

Paradoxalement, à force de faire confiance à des machines pour nos décisions, notre cerveau est aussi de plus en plus fainéant… comment le ré-entrainer à penser ? C’est ce que demande Ericsson, qui explique que dans une de ses enquêtes, un tiers des répondants s’inquiétaient du fait que les assistants virtuels vont faire oublier au gens comment prendre leurs propres décisions. Pour sa part, Ford cite un chiffre : 83% des employés souhaiteraient que leurs employeurs proposent des jours de repos mental... Le bien-être digital, prochain sujet de société ?

D'autres nouveaux buzzwords à connaître...

Après la blockchain, le machine learning, l'IA, la VR ou l'AR, place à de nouveaux concepts : le "quantum", appliqué à l'informatique ou au marketing (chez Fleshman Hillard), le "reinforcement learning" (chez Terradata), le "edge computing" (chez Forrester) ou même la "smart dust" (poussière intelligente)...

– Benoît Zante, Head of Research, HUB Institute

 

Quantique is the new AI. À moins que ça ne soit l’Edge Computing. 

Vous n’en pouvez plus d’entendre parler d’intelligence artificielle à longueur de journée ? Réjouissez-vous, la nature en général et la tech en particulier ayant horreur du vide, il est hautement probable qu’un autre buzzword émerge pour apporter de la variété à nos routines quotidiennes de vocabulaire tech. Selon nos pronostics, informatique quantique et edge computing sont en bonne place pour décrocher la timbale 2019.

Les développements à venir dans l’IA seront en effet portés par ceux du quantique, dont la puissance de calcul est bien supérieure à celle que nous connaissons actuellement — et pour une consommation d’énergie moindre. L’Edge Computing permet, quant à lui, d’apporter toute la souplesse du cloud au plus proche des appareils qu’il alimente en données, à la “périphérie” du réseau. Ce temps gagné – celui utilisé actuellement à faire les allers-retours dans le cloud, pour faire court – s’avère critique dans certains domaines. L’intérêt par exemple dans la voiture autonome, où l’on imagine bien que la gestion du temps de latence est critique, est évident. 

The winter of crypto

Gartner nous avait déjà mis dans l’ambiance cet été avec sa célèbre hype cycle édition 2018 : après la phase d’hystérie, la blockchain a entamé sa descente sur le Trough of Disillusionment, ou “creux de la désillusion”, là où viennent se perdre les technologies qui n’ont pas réussi à combler les attentes de l’écosystème. Quant aux cryptomonnaies, elles sont carrément au fond du trou : le bitcoin a perdu plus de 85% en un an, passant de presque 20 000 dollars en décembre 2017 à 3 800 dollars aujourd’hui. Une volatilité telle que vous entendrez donc souvent parler cette année de “stablecoin”, littéralement cryptomonnaie stable, parce qu’adossée à une monnaie fiat ou à une autre cryptomonnaie.  Ne soyons toutefois pas trop cruels, ni catégoriques : comme souvent, hype et contre-hype se succèdent au rythme du degré de maturité des technologies et de leurs usages appliqués, et la blockchain n’a évidemment pas dit son dernier mot. Gartner mise notamment sur des applications ciblées de la technologie de blocs, comme dans la data security. Le groupe bancaire américain Citigroup continue par exemple d’investir dans des startups du domaine, assurant que plus que la technologie de registre distribué qui fonde la blockchain, ce seront “l’intégration dans les systèmes existants, ainsi que l’adoption” qui seront les enjeux majeurs au développement de la blockchain.

L’abonnement a le vent en poupe

A n’en pas douter, l’abonnement sera LE modèle économique de 2019. C’est en tout cas ce que pense GP Bullhound, qui avance que les abonnements B2C feront de l'ombre à la publicité. Dans son rapport sur les tendances tech qui marqueront 2019, la banque d’affaire spécialisée dans les technologies recense l’abonnement Consumer comme une tendance lourde, qui touche des secteurs aussi divers que le divertissement, les médias, la santé, le bien-être, l’éducation et d’autres encore. Expérience utilisateur dégradée par la publicité, prolifération des fake news, scandales de fuites de données à répétition… Les consommateurs sont désormais éduqués et très sensibilisés aux usages numériques en général, et à celui qui est fait de leurs données en particulier. Comme en B2B finalement, où l’abonnement SaaS est devenu la norme, ils sont prêts à payer pour bénéficier d’une expérience utilisateur robuste et de qualité. On pense bien sûr à Spotify ou Netflix qui ont converti avec succès des millions d’utilisateurs au payant grâce à leurs interfaces de référence, mais la tendance arrive dans d’autres verticales plus inattendues, comme en retail : la marque Bocage vient de lancer une offre de location à l’abonnement, Atelier Bocage, proposant pour 39 euros par mois une paire neuve tous les deux mois. Ce qui illustre un autre marqueur de l’époque, celui où l’on privilégie l’usage à la propriété.

– Carolina Tomaz, Head of Content, HUB Institute

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Benoit
Zante

Il a plus de 8 ans d'expertise du digital et du marketing, développée au sein du magazine CB News, au planning stratégique de Publicis, puis chez Petit Web, dont il est le co-fondateur et où il a été rédacteur en chef de 2011 à 2018.