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La météorologie se marie à l’IA pour aider l’agriculture "à produire mieux avec moins"

Par : Thibault Deschamps
9 mars 2020
Temps de lecture : 8 min
Chapo

De sa création en 1982 à son inclusion dans le groupe IBM en 2016, The Weather Company est passée de chaîne d’information TV 24h/24 à plus grand provider privé de data météorologiques, visionnées quotidiennement par des millions d’utilisateurs d’iPhone ou de smartphones Samsung à travers le monde… Désormais l’entreprise va plus loin en mariant ses solutions de prévision météo à l’IA d’IBM, Watson. L’objectif est ambitieux : fournir les outils permettant au secteur agricole de supporter l’expansion démographique. Interview.

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HUB Institute : A quelles problématiques sont confrontées les professionnels de l’agriculture aujourd’hui et comment comptez-vous y répondre ?
Sophie-DeBotton-IBMSophie de Botton, Sales Leader France The Weather Company : La mission des agriculteurs est de plus en plus compliquée. Pour faire face à la croissance démographique mondiale, la FAO estime qu’il sera nécessaire d’augmenter de 70% la production alimentaire mondiale. Dans le même temps, la quantité de terres arables à disposition continue de se réduire sous la pression de l’urbanisation et les réglementations écologiques imposent des contraintes de plus en plus élevées en matière d’usages. En d’autres termes, il est demandé aux producteurs agricoles de faire plus avec considérablement moins.

Emmanuel Le Cloirec - IBMEmmanuel Le Cloirec, Directeur Conseil - Responsable offre Distribution & Agrobusiness - Traçabilité alimentaire & Blockchain : Notre mission est de participer à la modernisation du monde agricole en combinant la capacité de The Weather Company à fournir des données météorologiques extrêmement précises et l’interprétation de ces données grâce aux technologies d’IBM.

Cela concerne tout particulièrement les éléments météorologiques "subis" par l’agriculture et sur lesquels l’homme n’a pas le contrôle : la pluie, la grêle, etc. Nous sommes aujourd’hui en mesure de proposer les outils nécessaires pour anticiper ces événements et ainsi optimiser la prise de décision des agriculteurs.

Un exemple concret : il est aujourd’hui courant d’épandre des soins sur les cultures végétales. S’il pleut dans les heures qui suivent, cet épandage est perdu.

2050 : Projections de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture

  • Population située entre 9,1 et 10 milliards de personnes. 
  • La production alimentaire globale devra progresser de quelque 70% (par rapport à 2005).
  • La production annuelle de céréales devrait progresser de 1 milliard de tonnes.
  • La production annuelle de viande devrait progresser de 200 millions de tonnes.
  • 72% de cette production aura lieu dans les pays en développement (contre 58% aujourd'hui).

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Cela engendre des pertes financières inutiles, à moins de savoir très précisément à quel moment de la journée la pluie va tomber et de reporter l’épandage ou bien de le combiner à d’autres solutions pour le rendre plus résistant à la pluie.

SB : Le département de l’agriculture du gouvernement américain estime que 90% des pertes de récolte sont dues à des événements météo sévères ! Cela souligne bien le potentiel très important représenté par la capacité d’anticiper finement ces intempéries.

HUB Institute : Quelles sont les sources de vos données météorologiques ?
SB : The Weather Company est aujourd’hui la plus grande plateforme privée d’informations météorologiques de la planète. Elle représente près de 15 milliards de prévisions par jour, basées sur plus de 150 paramètres différents (pluviométrie, vent, mais aussi taux de pollen dans l’air, etc.) avec une précision géographique à 500 mètres et une fréquence de l’ordre du quart d’heure. Nous serons bientôt en mesure d’abaisser cette fréquence à 5 minutes. Et nous sommes capables de remonter l’historique des données météo jusqu’en 1979.

Pour atteindre de tels résultats, nous disposons de sources de données réparties partout dans le monde. Tout comme la plupart des organismes météo, nous pouvons compter sur les données publiques des stations météorologiques gouvernementales (METAR et SYNOP en France), ainsi que les données satellitaires principales. Dans ce dernier cas, certaines sont ouvertes et d’autres achetées.

Nous avons aussi des sources d’information propres à The Weather Company.

La première, ce sont les Personal Weather Stations (PWS). Notre groupe intègre la société Weather Underground qui fédère les afficionados de la météo et en particulier ceux qui possèdent leurs propres stations météorologiques privées. Il y en a énormément à travers le monde. Ces données, une fois triées pour ne retenir que les plus pertinentes, nous permettent d’effectuer des mesures sur la base de paramètres ultra localisés. Grâce à cela, nous nous sommes aperçus que nos prévisions sont en moyenne 20% plus exactes lorsqu’il y a une PWS à moins de deux kilomètres du point d’étude.

Enfin, nous sommes le fournisseur de données météo exploitées par les apps d’Apple et Samsung embarquées dans leurs smartphones respectifs. Dans le cadre de ce partenariat, nous pouvons récupérer des données de pression atmosphérique et de température issues de ces devices. Elles aussi entrent dans nos processus prévisionnels et apportent des informations très locales.

EC : Par ailleurs, notre système est relativement ouvert et nous permet d’intégrer les données déjà détenues par nos différents partenaires. Je pense notamment à certaines coopératives qui équipent déjà leurs champs d’IoT afin d’effectuer des relevés (température, humidité, etc.).

HUB Institute : Une fois les données collectées, quels outils proposez-vous afin de les activer ?
EC : Notre offre de valeur couvre la collecte des données, leur visualisation, et leur interprétation. Il y a donc trois strates d’outils.

La collecte est effectuée via l’ensemble des sources de The Weather Company.

Concernant la visualisation, nous proposons la plateforme IBM PAIRS Geoscope. Cette dernière est spécifiquement conçue pour l’agrégation et le traitement visuel, des données géospatiales (qu’elles soient récupérées par satellites, drones, IoT…)

Quant à l'interprétation des données, la plateforme Watson Decision Platform for Agriculture s’adresse plus particulièrement aux professionnels de ce secteur. Celle-ci combine le savoir-faire de The Weather Company en matière de dashboards et d’analyse des données météorologiques, et d’IBM avec l’intelligence artificielle. La plateforme permet ainsi à la fois d’accéder à une interface de lecture claire des données, tout en obtenant des recommandations, adaptées localement, pour optimiser les activités agricoles et les rendements.

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HUB Institute : Analyses de données, Intelligence artificielle… Ces technologies parfois complexes nécessitent-elles des connaissances techniques de la part des agriculteurs qui vont s’en servir ?
SB : Nous n’adressons pas nos solutions directement aux agriculteurs. Nous nous adressons plutôt à des sociétés intermédiaires telles que les coopératives agricoles. Pour accroître leur activité et capter de nouveaux adhérents, ces dernières tâchent d’être en mesure de leur offrir plus de services. C’est par exemple le cas de la coopérative Maïsadour avec laquelle nous travaillons.

EC : Les solutions d’IBM ont besoin d’un effet d’échelle pour être efficaces. Les prévisions météorologiques et l’apprentissage des algorithmes nécessitent un très grand volume de données et ces coopératives sont en mesure de concentrer les évaluations des nombreuses parcelles de leurs adhérents.

Elles sont de plus en plus dotées de départements digitaux et de CDO. Leur culture de la donnée est bien plus importante que l’on ne pourrait le penser ce qui les aide à opérer un élargissement de leurs activités pour ne plus seulement aider les producteurs à massifier leurs ventes, mais aussi être en mesure de les conseiller dans l’optimisation de leurs productions.

HUB Institute : Pouvez-vous citer deux partenariats menés en ce sens ?
EC : Gallo Winery, aux États-Unis, a fait appel à la technologie d’IBM afin d’être en mesure d’optimiser l’irrigation de ses vignobles, en fonction du degré d’exposition au soleil de chaque parcelle.

Nous avons récemment annoncé un partenariat avec Yara International. Le groupe norvégien est le leader de la distribution de nutriments pour végétaux. Il va lancer une plateforme reposant sur les technologies croisées d’IBM et The Weather Company pour proposer à chacun de ses clients des roadmaps adaptées à leur situation propre afin d’optimiser l’usage des engrais et soins de cultures.

HUB Institute : L’agriculture fait face à de forts enjeux en matière de traçabilité alimentaire. Comment IBM intervient-il sur cette problématique ?
EC : Effectivement ! L’essence même de la traçabilité alimentaire est de pouvoir remonter au consommateur une information collectée au plus près de la production des aliments. Technologiquement, le schéma idéal serait que chaque agriculteur ait un digital twin de son exploitation, permettant d’amasser des données ensuite transmises en temps réel via une chaîne de traçabilité reposant sur la blockchain. C’est exactement ce que nous proposons via la plateforme IBM Food Trust, et l'un des sujets que nous aborderons lors d'un événement intitulé "Consommation responsable et Innovation technologique" au Client Center IBM le 19 mars prochain.

SB : Notons par ailleurs que la plateforme Watson Decision Platform for Agriculture intègre déjà la possibilité de réaliser des Digital Twins à l’échelle du champ.

- Événement -

Consommation responsable
et Innovation technologique

"La prise de conscience des consommateurs en faveur d’un mode de consommation plus responsable se renforce. Terminé le green washing de façade : les marques, en tant qu’acteurs du changement, doivent s’engager concrètement pour satisfaire à cette nouvelle exigence.

La technologie aide les producteurs, industriels et distributeurs à faire face aux défis sociétaux, environnementaux, économiques et à répondre positivement aux attentes des consommateurs en matière de durabilité."

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Thibault
Deschamps

La mission de Thibault en tant que journaliste est de concevoir un storytelling performant associant la richesse des contenus de nos partenaires (IBM, Microsoft, Linkfluence, …) et les performances de nos formats éditoriaux (interviews, articles de fond, case study, condensés d’étude...) afin de leur garantir le meilleur rayonnement . 

Titulaire d’un master de journalisme et d’un DUT Services et Réseaux de Communication, Thibault s'appuie également sur sa culture de l’IT et du marketing...