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Traçabilité alimentaire : Carrefour choisit la plateforme IBM Food Trust "pour participer aux standards blockchain de demain"

Par : Thibault Deschamps
27 mars 2019
Temps de lecture : 6 min
Chapo

Depuis 2017, Carrefour se pose comme un pionnier de la blockchain en Europe en faisant d’elle « la preuve de son engagement dans le bien manger. » Convaincu de l’intérêt de cette approche, le distributeur a choisi de s’allier à IBM. Valorisant une approche écosystème de ses solutions, le groupe technologique a lancé la plateforme "Food Trust" en travaillant en collaboration avec des distributeurs, industriels et logisticiens de l’agroalimentaire. Décryptage.

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Les retailers font face à un changement de paradigme de consommation dû notamment à l’avènement des millennials, hautement connectés et informés. Nous passons d’un monde où la notion importante est le prix, à un monde où la confiance prime.

- Jérôme Camus, Executive Partner - Global Business Services – IBM lors du dernier HUBDAY Future of Retail & E-commerce.

Intégrant depuis plus de 25 ans les valeurs du "bien manger" à son ADN, Carrefour a lancé en 2018 un programme mondial d’actions concrètes : "Act For Food." A l’heure où le consommateur s’arme d’applications mobiles pour comprendre la composition et la provenance des produits alimentaires en rayon (tendance du food scanning), le retailer a choisi d’utiliser la blockchain pour prouver qu’il tient ses engagements.

Informer le consommateur, valoriser le producteur, accélérer les process traçabilité de la supply chain

Dès 2017, Carrefour expérimente en interne la blockchain afin de proposer un service de traçabilité fiable "orienté client et producteur à la fois" comme l’explique Emmanuel Delerm, Directeur Organisation de Carrefour, lors de son passage à Think Paris, événement annuel tenu par IBM en octobre dernier.

"La blockchain, c’est une façon de montrer aux clients les efforts faits par tous les acteurs d’une filière - producteurs, conditionneurs, logisticiens - pour créer des produits bons pour tous."

La première blockchain est lancée sur les poulets d’Auvergne Filière Qualité Carrefour "tous blockchaînés depuis janvier 2018."

Depuis, ce ne sont pas moins de 14 produits Filière Qualité Carrefour commercialisés en France (poulet, tomate, oeufs, pomelo chinois, poularde de Noël, orange, lait microfiltré et rocamadour), en Chine (pomelo chinois), en Belgique (porc d'antan), en Italie (poulet, orange, citron) et en Espagne (poulet et merlu) qui font l’objet de cette démarche de transparence sur la traçabilité.

Concrètement, la blockchain sécurise déjà plus de 40 000 lignes de données et les rend accessibles en temps réel à tous les partenaires habilités.

Pour Carrefour

En plus de confirmer ses engagements éthiques et sanitaires, Carrefour voit aussi en la blockchain la promesse d’une optimisation de tous ses processus informatifs entre les partenaires de la supply chain.

Garance Osternaud, consultante interne rattachée à la Direction Organisation France de Carrefour, explique ainsi lors du HUBDAY Future of Retail & E-commerce : 

"La blockchain ne crée pas de traçabilité. Cette dernière préexiste à la blockchain. Les acteurs de la supply chain enregistrent déjà leurs données de traçabilité dans des systèmes d’information,  des tableurs Excel, des formulaires, etc. Elles sont accessibles à la demande. Cependant, faire remonter ces informations d’un bout à l’autre de la chaîne de valeur peut prendre beaucoup de temps, sans oublier les lacunes en termes de fiabilité (oublis d’informations, pertes de documents…).

Les technologies blockchain permettent de partager en temps réel des données sécurisées entre partenaires. La blockchain de Carrefour permet aussi aux producteurs de parler plus directement aux consommateurs, de recréer du lien."

Pour le consommateur

Cette initiative prend la forme d’un QR code présent sur les produits concernés. Il permet d’accéder en temps réel aux données de traçabilité du lot, mais aussi à des informations permettant d’interpréter ces résultats.

12 degrés Brix, ça vous dit quelque chose ? C’est le taux de sucre dans les fruits. Avec la blockchain, le consommateur a accès à ces données, mais ne sait pas à quoi elles correspondent. En plus de la preuve, Carrefour donne aussi les outils pour la comprendre.

- Garance Osternaud

Carrefour évoque déjà plusieurs milliers de scans de produits via ces QR codes.

Pour les producteurs et industriels

Enfin, producteurs et industriels ont eux aussi accès à cette base d’informations partagée qu’est la blockchain. Elle vient ainsi avec la promesse de pouvoir suivre les processus de vente de leurs produits et de mieux comprendre les données de consommation, des insights potentiellement utiles pour les stratégies marketing de chacun.

Vers un standard de la blockchain dans la distribution alimentaire ?

Le distributeur élargira sans doute sa démarche au delà des produits Filière Qualité Carrefour. "Les consommateurs ont les mêmes attentes pour les produits appartenant à de grandes marques comme Nestlé, Danone ainsi que pour les autres produits en marque Carrefour fabriqués par d’autres industriels qu’il faut tous convaincre de participer" commente Emmanuel Delerm.

Plus que technologique, le besoin de Carrefour est avant tout de rallier d’autres acteurs à son initiative de partage des données de traçabilité. Son ambition est ainsi de "participer à l’élaboration (à l’échelle internationale) d’un standard de la blockchain appliquée à la distribution alimentaire" comme le précise Garance Osternaud, et par extension d’étendre son programme à "des producteurs et/ou industriels fabriquant pour plusieurs distributeurs, en marque blanche ou en marque propre."

IBM marque les esprits par sa logique écosystème de la technologie

Carrefour a choisi IBM pour "sa logique écosystème." En effet, l’acteur technologique comprend depuis longtemps la nécessité de fédérer ses partenaires autour d’enjeux communs auxquels peuvent répondre ses solutions.

Nous le constations dans la logistique et le transport de marchandises avec la plateforme collaborative TradeLens. Sur le même modèle, IBM a lancé "Food Trust" rassemblant autour de sa blockchain HyperLedger les industriels et distributeurs (dont Walmart) de l’agroalimentaire.

Carrefour dispose ainsi d’une solution blockchain qu’il expérimente dans le cadre de sa filière "poulet d’Espagne" pour répondre à ses enjeux d’échelle.

Avec IBM Food Trust, le distributeur peut ainsi espérer tisser des partenariats forts en matière de traçabilité, comme le démontre le partenariat récemment annoncé avec Nestlé autour de la purée Mousline (fruit d'un travail entre les deux entités qui aura duré près de 6 mois).

Conclusion

Carrefour fait de la blockchain un vecteur de communication directe et bilatérale entre le consommateur et les producteurs. En proposant au premier d’accéder à des informations sur la composition et la provenance des produits qu’il achète, et au second d’appréhender plus facilement les insights de consommation, le retailer renforce ses relations d’un bout à bout de sa chaîne de valeur tout en optimisant ses propres processus de traçabilité (gain de temps et de fiabilité dans les échanges de données entre partenaires).

L’informatique et la blockchain parlent beaucoup de liens. Mais au sein de Carrefour nous entendons les utiliser pour renforcer les liens humains.

- Emmanuel Delerm, Directeur Organisation de Carrefour.

En rejoignant la plateforme IBM Food Trust, le distributeur fait un pas de plus vers son objectif de voir s’établir un standard de la blockchain dans la distribution alimentaire unissant l’ensemble des retailers et des producteurs/industriels afin de lui garantir la possibilité d’étendre son service d’information consommation à l’ensemble des produits écoulés par ses enseignes internationales.

Après tout, la blockchain est une affaire de communauté dans laquelle même des concurrents peuvent mettre en commun des informations.

- Emmanuel Delerm

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