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Une femme atteinte de cancer pourrait demain vivre une meilleure expérience client grâce à la technologie

Santé : où en est la transformation digitale des laboratoires ?

Par : Sandrine Cochard
17 septembre 2020
Temps de lecture : 7 min
Chapo

Avec l’épidémie de Covid-19, les laboratoires du monde entier se sont lancés dans une course contre la montre pour trouver un traitement et un vaccin. Avec un constat : le temps long de la recherche est mal adapté aux situations d’urgence. Comment accélérer la transformation digitale des labos et gagner en agilité ? Points de vue croisés des experts qui sont intervenus sur la scène du HUB Digital Health Forum.

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Retour sur les interventions de Bernard Giry (Région Ile-De-France) Thierry Picard (Digital Health Lab) et Guillaume Kerboul (Dassault Systèmes) à l’occasion du HUB Digital Health Forum.

Les laboratoires pharmaceutiques oeuvrent pour trouver de nouvelles molécules et produire de nouveaux traitements. L’épidémie de Covid-19 a mis en lumière les nouveaux enjeux auxquels les labos doivent faire face aujourd’hui : le besoin d’aller plus vite, de relocaliser leur production et de travailler de concert avec des startups, sous peine d’être les prochains acteurs à être disruptés.

Densifier l’écosystème health tech sur son territoire

Ile de FranceCe fut l’une des premières leçons tirées de l’épidémie de Covid-19 : en mars 2020, la France découvre qu’elle manque de masques et qu’elle est dépendante de la production internationale pour se fournir. Très vite, la question de la relocalisation de la production se pose. La région Île-de-France décide de réagir.

En mars dernier, la région IDF a acheté 30 millions de masques, parce qu’il n’y en avait pas. Au-delà de la distribution à la population, nous avons mis en place une aide à l'industrialisation. Nous avons aidé 50 entreprises à relocaliser leur production (...) On devrait pouvoir produire 50 millions de masques en octobre.

- Bernard Giry, conseiller innovation (Région Île-de-France)

Forte d’un écosystème de santé dense et reconnu, avec 12000 chercheurs sur son territoire et un important réseau d’hôpitaux, la région Île-de-France cherche aujourd’hui à développer sa partie health tech.

On apparaît comme la 2e région en Europe dans le domaine des sciences de la vie. On est la 3e en Europe sur les biotech. C’est une priorité pour nous qui recoupe le plan biotech national. Aujourd’hui, on a besoin de techniciens dans ces métiers de la bioproduction.

- Bernard Giry, conseiller innovation à la région Île-de-France

Dans le cadre de son plan intelligence artificielle, la région cherche également à identifier des solutions tech prometteuses pour aider la recherche. En avril 2019, elle a lancé avec l’institut Gustave Roussy un challenge en intelligence artificielle pour faire progresser la cancérologie. Plus récemment, Gustave Roussy, l’hôpital Bicêtre (AP-HP), la startup Owkin et l’Inria (Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique) ont allié leurs expertises pour prédire la sévérité de l’infection au coronavirus d’un patient dès le diagnostic, grâce à l’analyse croisée de paramètres cliniques, biologiques et radiologiques par une intelligence artificielle (IA).

Autre projet : l’installation, le 5 octobre prochain, du siège du programme européen "Venture Centre of Excellence", qui prévoit de faciliter le financement des startups et des entreprises de la santé, renforçant la position de l'Ile-de-France sur ces technologies, et sera doté de 2 milliards d’euros. Enfin, l’Île-de-France va lancer un prix des jeunes innovateurs dans le domaine de la santé, réservé aux moins de 45 ans.

En plus de la data, l’enjeu aujourd’hui c’est comment mieux faire sortir les innovations de nos labos et comment les mettre en valeur?

- Bernard Giry, conseiller innovation à la région Île-de-France

Comment innover avec les startups ?

DigitalPharmaLabOn le voit bien : le temps long de la recherche ne permet pas aux laboratoires de répondre aux situations d’urgence. Mais pour Thierry Picard, Directeur associé du Digital Pharma Lab, cela pourrait s’améliorer en rapprochant les écosystèmes des laboratoires, des startups et des fonds d'investissements. 

La pharmatech n’est pas une industrie comme les autres au sein de la santé. (...) Pour que l’innovation se développe, il faut défendre les intérêts des startups mais aussi ceux des labos.

- Thierry Picard, Directeur associé du Digital Pharma Lab

Le Digital Pharma Lab propose un programme d’accélération de 4 mois où startups et labos travaillent ensemble pour faire avancer la recherche, plus vite.

Depuis 3 ans, nous avons accompagné 20 labos et une cinquantaine de startups, et 100 projets ont été menés.
On a eu la chance de pouvoir lancer la coalition covid avec deux objectifs : désengorger le système de soins et assurer la continuité de la prise en charge des patients atteints de maladie chronique.

- Thierry Picard, Directeur associé (Digital Pharma Lab)

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La transformation des stratégies d'engagement des professionnels de santé

PublicHealthFranceL’adoption de la e-santé passe aussi par la manière de communiquer sur ces nouveaux outils et ces nouvelles pratiques. Matthias Moreau, PDG de Publicis Health France, identifie 4 tendances qui impactent les stratégies d’engagement destinées aux professionnels de santé :

  • un changement démographique avec l’arrivée des millennials dans le corps soignant,
  • une évolution de la relation avec des interactions virtuelles plus courtes, plus fréquentes et plus personnalisées,
  • l’essor de l’empowerment du patient, qui fait évoluer les modèles de soin du paternalisme vers le partenariat, et nécessite d’équiper le professionnel de santé face à un patient de plus en plus informé,
  • une évolution de l'apprentissage, avec la nécessité d’intégrer davantage d’événements hybrides, locaux, en plus petit comité, avec des expériences virtuelles.
2021 est le nouveau 2024 : avec le covid, on a gagné 3 ans en termes d’usages et ce n’est pas près de s’arrêter. Mais il faut aussi savoir répondre à ces nouveaux besoins : on doit changer la façon dont on s’engage avec les professionnels de santé.

D’ici 2030, 75% des professionnels de santé seront des millennials. Il faut repenser les formats, qui correspondent à ce que seront les professionnels de demain.

- Matthias Moreau, PDG de Publicis Health France

Optimiser savoir et savoir-faire dans les laboratoires

Après des décennies de quête de la nouvelle molécule, le nouveau territoire de la santé aujourd’hui est l’expérience patient, avec des enjeux de sécurité, d’efficacité, de confort, d’usage, de coût, d’éducation du patient…).

- Guillaume Kerboul, Business Consultant Director Life Sciences Industry (Dassault Systèmes)

Si le digital a beaucoup à faire pour améliorer cette expérience patient, c’est d’abord la prise en compte des besoins de ce dernier qu’il est nécessaire de prendre en compte, notamment dans le cas de protocoles de soins lourds.

 

Prenons un traitement contre le cancer. Sa viscosité le rend long à injecter, et cela doit être fait à l’hôpital. Comment améliorer cette expérience?

- Guillaume Kerboul, Business Consultant Director de Life Sciences Industry (Dassault Systèmes)

Dassault Systèmes a réalisé une expérimentation fictionnelle baptisée IASO, pour montrer ce qu’un industriel peut apporter à l’industrie pharmaceutique pour développer l’expérience patient.

Et si on fabriquait un injecteur avec une cartouche qui contient le volume à injecter, de chez soi ? On peut imaginer que ce dispositif soit connecté, envoie des infos au médecin, vérifie la bonne réalisation de l’injection…
Pour réussir ce dispositif, il va falloir transformer beaucoup de choses. Dès le débuts, les industriels doivent penser différemment pour innover en matière de design, de fabrication et de distribution. Cela suppose de collaborer, de faire travailler ensemble différentes disciplines. Les experts ne sont pas tous dans les laboratoires ! Il faut associer les startup, les collaborateurs…

- Guillaume Kerboul, Business Consultant Director de Life Sciences Industry (Dassault Systèmes)

L’enjeu derrière ce système : concevoir un jumeau numérique de cette expérience virtuelle, pour mesurer les apports d’un tel dispositif et compléter les tests réalisés en laboratoire.

On va modéliser le comportement de cet injecteur pour simuler et tester sa résistance aux chocs par exemple, avec tests de chute, la matière et le diamètre du tube utilisé pour l’injection, des modèles de peaux et des modèles d’adhésifs pour s’assurer qu’il colle bien sans abîmer la peau… (...) Cela amène plus de précision et de sécurité vers le patient.

- Guillaume Kerboul, Business Consultant Director de Life Sciences Industry (Dassault Systèmes)

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Journaliste depuis plus de 15 ans, Sandrine a travaillé pour BFMTV, Europe 1 et 20 Minutes, où elle a suivi de près la révolution numérique, ses enjeux et ses impacts business, consommateurs et citoyens. Aujourd’hui, elle scrute plus particulièrement les sujets de smart cities, d’industrie 4.0, de gouvernance numérique et de cybersécurité.