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COVID-19 : Un combat sur tous les fronts mais avant tout sans contacts (2/3)

Par : Lionel Reichardt
21 avril 2020
Temps de lecture : 5 min
Chapo

Si le secteur de la santé digitale peinait à gagner en consistance et maturité, la crise du COVID-19 fait office de game changer. Aujourd’hui, le secteur est au centre de l’attention et notamment en raison des solutions de télémédecine qu’il apport. Lionel Reichardt, fondateur de 7C'S HEALTH et Directeur adjoint du MBADMB Health de l'Efap, nous livre son analyse dans cette nouvelle tribune.

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Une explosion de la télémédecine... et du cadre réglementaire

Grande gagnante de cette période, la télémedecine a vu son usage par les professionnels de santé comme par les patients se développer très fortement. Permettant de rester connecté mais sans-contact, elle est la solution idéale pour assurer la prise en charge de patient COVID comme le suivi des patients non-COVID, qui ont toujours besoin de consulter un médecin sans risquer d’aller au cabinet.  Elle est d’ailleurs favorisée par l’Organisation Mondiale de la Santé pour assurer la continuité des systèmes de santé tout en mobilisant les ressources contre le coronavirus.

 

Les chiffres du mois de mars 2020 publiés par la Caisse Nationale d’Assurance Maladie montrent que 600 000 télé-consultations remboursées ont été effectuées. C’est plus que sur l’ensemble de l’année 2019 et le nombre de consultations faites en ligne passe de moins de 1% avant la crise, à plus de 11% sur cette période.

Mais en regardant le détail les chiffres la situation est encore plus impressionnante. Plus de 480 000 consultations ont été effectuées sur la dernière semaine de mars, une multiplication par 50 du nombres de télé-consultations remboursées en quelques semaine. Le leader du secteur, Doctolib, a enregistré plus de 100 000 consultations vidéo pour la seule journée du 30 mars. Les français se disaient prêts à avoir recours à la télémedecine mais n’avaient jamais envisager que ce serait dans une telle situation.

Mais la crise à elle seule ne justifie pas tout. Il aura aussi fallu libérer le cadre réglementaire pour permettre la généralisation de cette pratique et sa prise en charge. Après les plateformes spécialisées, ce sont FaceTime, WhatsApp, Skype puis le téléphone qui sont autorisés pour faire de la télé-consultation au grand dam des experts qui s’inquiètent du manque de sécurité de ces outils.

L’Agence National du Numérique en Santé a de son côté listé l’ensemble des plateforme disponibles et évalué leur niveau de sécurité et l’ensemble des fonctionnalités disponibles. Sur la centaine de solutions recensées, 30 obtiennent la note maximale et 9 ont une note inférieure ou égale à la moyenne. 44% des médecins ont, au cours du mois de mars 2020, eu recours aux outils de télé-consultation. Le monde d’après devra en prendre compte.

La santé mobile : bien mais peut mieux faire !

La santé mobile, regroupant des fonctionnalités allant des SMS aux applications mobiles en passant par les objets connectés, a apporté son lot de solutions. Les plus notables sont probablement celle de télésuivi qui permettent l’évaluation ou la réévaluation de patients Covid, ou en suspicion de Covid, via des formulaires d’évaluation. L’APHP a par exemple déployé COVIDOM, une plateforme de télésuivi médical pour ne pas laisser les patients atteints de Covid "seuls dans la nature" et pour pouvoir suivre l’évolution de leurs symptômes.

Une application similaire a été déployée à Marseille par l’APHM. Baptisé "COVID APHM" elle permet de s"assurer de la prise en charge à domicile des patients atteints ou suspectés de l’être.

Nombreuses sont les applications qui ont vu le jour à l’occasion de cette crise mais leur multiplication a rapidement posé un problème concernant leur pertinence et leur sécurisation. Ce problème est connu depuis longtemps puisque au dernier recensement (2017) les stores IOS et Android hébergeraient près de 325 000 applications mobiles santé & bien-être, pas toujours très pertinentes médicalement parlant voire parfois dangereuse pour votre santé ou la sécurisation de vos données.

Manque de labelisation, contrôles compliqués, le marché des applications mobiles profite d’un flou juridique et réglementaire encore présent malgré un cadre qui se précise concernant le statut de ces dispositifs. Dans la crise actuelle Apple a par exemple annoncé qu’il sera vigilant sur les applications mobiles liées au coronavirus qui pourraient lui être proposées. "Nous évaluons les applications pour nous assurer que les données sources sont fiables et que les développeurs sont des entités reconnues", explique l'entreprise.

Concernant les objets connectés santé c’est peut être là qu’on aurait pu mieux faire, notamment concernant le télésuivi et la télémédecine. En reprenant le vieux rêve (avorté) développé par Scanadu, l’une des première startups ayant développé le concept de  "tricorder" en santé connecté.

Pour rappel le tricorder, c’est cet appareil "tout en un" utilisé par le Dr MacCoy dans la série Star Trek et qui lui permet de prendre les mesures de santé de l’équipage quand nécessaire même à distance. Ces dispositifs existent aujourd’hui comme celui que j’utilise personnellement le VIATOM CHECK ME PRO ou celui qui est utilisé en Israël dans la lutte contre le coronavirus de la société Tytocare. Quoi de plus simple qu’une bague ? C’est le projet lancé par l’UCSF  - l’Université de Californie de San Francisco - qui prévoit de donner aux soignants une bague connectée Oura Ring pour détecter fièvre, toux ou fatigue... les principaux signes du COVID-19.

Ces appareils devraient à terme être dans notre armoire à pharmacie au même titre que les pansements, l’alcool à 90° ou un antalgique… Ils assureront une autocensure possible, qu'il s'agisse de télé-consultation ou de télé-suivi. Mais encore faut-il, bien sûr, qu’ils soient fiables et simples d’utilisation…


Retrouvez Lionel Reichardt le mercredi 29 avril à l'occasion de notre Webinar Digital Health "Le big bang de la e-canté et de la télé-médecine".

 
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Reichardt
Fondateur de la société 7C'S HEALTH

Spécialiste de la Digital Health depuis de nombreuses années, Lionel Reichardt, alias Pharmageek, est le fondateur de la société 7C'S Health. Il est également directeur adjoint du MBADMB Health de l'Efap, un programme conçu pour appréhender la transformation digitale qui bouleverse le secteur de la santé, en partenariat avec le HUB Institute.