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Cœur de ville durable : quels enjeux en matière de retail et de mobilité ?

Par : Sefiane Thiam
17 juin 2020
Temps de lecture : 8 min
Chapo

Comment repenser l’expérience citoyenne face à des attentes grandissantes ? Comment répondre au challenge démographique tout en intégrant les enjeux écologiques ? Pour répondre à ces questions, le HUB Institute a réuni des élus, des experts de la ville et des fournisseurs de solutions afin qu’ils vous détaillent les pistes  d’études pour rendre la ville meilleure.

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Accentuer la résilience de la ville

Face à la croissance de la population et à son déplacement vers les villes, le phénomène d’urbanisation s’accélère. Le cœur de ville doit être réinventé pour faire face à ces challenges et être en mesure de réagir aux crises telles que celle que l’on vient de vivre. Pour lancer la discussion, Vincent Ducrey, CEO et co-fondateur du HUB Institute, revient sur plusieurs cas de villes qui ont mis en place des initiatives nouvelles pendant la période covid et pose la question de l’utilisation de cette crise comme d’un point pivot pour reconstruire de manière intelligente.

Face à la peur de l’utilisation des transports en commun, on a assisté dans certaines villes, tel que Paris, à un urbanisme tactique qui a permis la mise en place de pistes cyclables temporaires afin de favoriser le report modal vers des solutions de mobilités douces au lieu de la voiture.
La ville de Toulouse a développé une plateforme en ligne pour encourager le partage et l’entraide entre citoyens et entre quartiers pendant le covid. Le succès de cette plateforme nous interroge sur la possible extension d’un tel dispositif à d’autres territoires et sur la pérennisation de telles initiatives.
Le modèle américain qui comporte des quartiers distincts dédiés aux bureaux, aux habitations ou au centres commerciaux est obsolète. Aujourd’hui, le concept de la ville du quart d’heure est un axe de développement pour la ville de Paris et pour beaucoup d’autres. L’objectif est de recréer de la proximité pour éviter les migrations pendulaires.

-Vincent Ducrey, CEO et co-fondateur (HUB Institute)

ALLER PLUS LOIN : "Quel modèle de ville durable pour les communes de demain ?"


Lille, aujourd’hui et demain

La ville de Lille se distingue par sa position stratégique. Elle est connectée, par le biais ferroviaire, aux villes de Londres, Bruxelles et Paris et est le centre d’une eurométropole de plus de 2 millions d’habitants. Ce contexte particulier influence son développement et son expérience de la crise sanitaire passée. Akim Oural, adjoint au maire de Lille, nous éclaire sur la gestion de cette crise, mais aussi sur la planification du futur de la ville.

Le recours au numérique nous a permis, pendant la crise, de minimiser la rupture pour les citoyens par rapport à l’accès aux services notamment grâce au développement d’applications. Nous nous sommes aussi engagés sur le maintien des services municipaux, l’accompagnement solidaire et la préparation d’un plan à l’échelle de la métropole pour accompagner le plan de relance de l’Etat.
Pour la relance, nous avons abordé la question des infrastructures en adaptant les transports publics à la distanciation, en adaptant la voirie pour favoriser la mobilité douce, en aidant les commerçants à installer des structures d’accueil et en accompagnant les acteurs de l’ESS.
Nous devons observer et conserver les initiatives qui ont été importantes, comme les modes de mobilité douce. La concertation est fondamentale, car les services doivent être pertinents aux besoins de concitoyens.
Il faut devenir un acteur de la souveraineté territoriale. On doit réinstaurer des filières prioritaires intelligemment : les circuits courts, car Lille est la métropole la plus rurale de France, les filières de production 3D, le numérique et les modes de mobilités alternatifs.

-Akim Oural, Adjoint au Maire (Lille)


Comment entendre et comprendre les citoyens ? 

L’un des grands enjeux de la ville de demain est d’encourager la co-construction des villes. C’est-à-dire d’engager tous les acteurs, y compris le citoyen, dans les différents projets de développement. Mais la communication entre les citoyens et les décideurs municipaux peut parfois se révéler difficile. Digimind apporte une solution à ce problème en proposant un outil de veille et de détection des tendances qui repose sur l’écoute des réseaux sociaux. Christophe Asselin, Content Marketing Specialist chez Digimind, nous expose cette solution et les résultats d’une enquête récemment réalisée sur les moyens de mobilités. 

L’avantage de l’écoute des réseaux sociaux c’est la spontanéité des messages : on évite les biais inévitables lors d’un questionnaire. De plus, elle permet souvent de faire émerger des problématiques auxquelles on n’a pas forcément pensé. On capte la réalité : le spectre et le poids des sujets.
Être à l’écoute permet d’être réactif. Par exemple, l’écoute des urbains nous a permis de capter le mécontentement face à la place des trottinettes électriques dans l’espace public alors que la tendance était naissante.
Dans notre étude, nous avons observé de fortes disparités de préférences entre les grandes villes et le reste du territoire. Malgré cela une tendance émerge : plus on va vers un mode de mobilité doux et individuel, plus on a un haut pourcentage d’expériences positives.

-Christophe Asselin, Content Marketing Specialist (Digimind)


Résoudre le problème du dernier kilomètre

Aujourd’hui, la densité du trafic et la pollution en centre-ville sont en constante augmentation. La forte croissance du e-commerce et des services de livraison associés est l’une des causes de cette densification du trafic. Face à cette saturation du cœur de ville, celui-ci doit être repensé afin d’optimiser les déplacements. C’est pour apporter une réponse à cette problématique que Daniel Malouf, Chief Solution Officer, nous présente Quadient une entreprise qui propose de mettre en place un réseau de consignes automatiques. 

Actuellement, le dernier kilomètre de livraison représente 20% du trafic urbain, 30% d’occupation de la voirie et 30% des émissions de CO2. Et cela va empirer, car on s’attend à une croissance de 20% par ans du nombre de colis.
Notre conviction c’est que les initiatives qui réussissent sont celles qui rajoutent aux bénéfices environnementaux des bénéfices de services et même des bénéfices économiques. Donc notre solution doit répondre à tous les besoins : consignes d’extérieur, d’intérieur, réfrigérées, modulables…
Cette solution n’est pas futuriste, on l’a lancée au Japon en 2016. En 3 ans nous avons atteint 5,500 lockers, plus de 1 million de colis par mois, et nos consignes sont maintenant utilisées pour d’autres usages tels que la livraison entre particuliers.

-Daniel Malouf, Chief Solution Officer (Quadient)

ALLER PLUS LOIN : "Quelle mobilité dans un monde post-confinement ?"


Permettre la collaboration entre tous les acteurs de la transformation 

La complexité des villes modernes est telle, qu’il est très difficile d’avoir une vision globale et de formuler une approche à toutes les problématiques : mobilité, énergie, sécurité, eau, situation sanitaire… Définir un référentiel de décision et d’analyse de données communs c’est le challenge auquel tente de répondre Dassault Systèmes, l’éditeur de logiciel n°1 mondial en ce qui concerne la conception 3D et à la gestion de données. Simon Huffeteau, Vice-président construction chez Dassault Systèmes, nous fait part du témoignage de l’entreprise sur les demandes nouvelles et les transformations des cœurs de villes. 

Il y a eu une poussée en avant, par la crise, vers la coopération digitale. De nouvelles demandes sont apparues : besoin de systèmes de gestion de données pour les régions françaises, besoin d’évaluation des flux d’air dans les hôpitaux…
La collecte de données et la simulation ne sont pas suffisantes en soi, il faut répondre aux enjeux par des actions. C’est pourquoi nous avons développé un environnement collaboratif dans lequel les données et les simulations sont embraquées et permettent de répondre aux grands enjeux.
Le jumeau numérique n’est pas qu’une représentation 3D, derrière cette 3D il y a énormément d’informations sur le fonctionnement des différents systèmes de la ville. Par exemple à Singapour on a utilisé ce jumeau numérique pour tracer des pistes cyclables. À Rennes, nous avons travaillé sur des réaménagements de quartiers, des suivis de politiques publiques, mais aussi sur la biodiversité.
L’aspect collaboratif de la prise de décision a besoin d’un référentiel et ce référentiel doit appartenir à la ville et être accessible ainsi que nourri par les administrés.

-Simon Huffeteau, Vice-président Construction, Villes et Territoires (Dassault Systèmes)


Un exemple de ville intelligente : Angers

Angers est régulièrement citée dans les médias comme un exemple de la smart city à la française et a formulé un grand plan pour la ville intelligente en 2019. Corine Busson-Benhammou, directrice business development & partnerships d’Angers French Tech, nous rejoint pour évoquer les grandes lignes du projet de territoire intelligent mis en place par la ville.

Pour son projet de territoire intelligent, Angers Loire Métropole a choisi de s‘entourer d’un consortium de sociétés qui ont pour mission de développer des solutions innovantes et d’offrir aux usagers des services différentiant qui répond aux enjeux tels que la transition énergétique ou la mobilité durable.
L’idée c’est de pouvoir réduire l’empreinte écologique de la communauté urbaine, de réduire la consommation d’énergie grâce à une concertation importante entre les entreprises et les citoyens.
La collaboration avec les start-ups est aussi importante. Grâce à une collaboration avec wishibam nous avons pu proposer aux commerçants angevins une marketplace indépendante, citoyenne, responsable et éthique qui a permis d’améliorer la résilience des commerçants.

-Corine Busson-Benhammou, Directrice Business Development & Partnerships (Angers French Tech)

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Sefiane
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Chef de projet Sustainable Insights