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« Mieux le confinement sera respecté, plus la reprise peut être vivace », estime Maurice Lévy

Par : HUB Institute
8 avril 2020
Temps de lecture : 3 min
Chapo

Lors du webinar "Résilience économique, 5 conseils de Maurice Lévy" le 8 avril dernier, Maurice Lévy, Président du Conseil de Surveillance de Publicis Groupe, a échangé avec Vincent Ducrey sur les perspectives économiques et politiques de l’après-Covid. Ou comment se nourrir des enseignements des crises économiques précédentes pour planifier sa reprise. Retrouvez le replay ici.

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Quels premiers enseignements tirer de cette crise inédite ? Quel scénario de reprise de l’activité économique en France et dans le monde ? Quel rôle peut y prendre le monde des startups et de la technologie ? Comment les grandes entreprises peuvent rebondir, refonder leur raison d'être, leur mode d’organisation et de production ? Quel rôle pour le secteur de la communication et de l’événementiel dans cette nouvelle ère ? Ce sont les questions abordées dans cet entretien avec Maurice Lévy, dont voici une synthèse en 10 punchlines :

Si l’on doit chercher une comparaison avec une crise antérieure, plus que les crises financières, c’est bien celle de la guerre qui paraît la plus appropriée, avec un arrêt massif de la production, des restrictions de déplacements et une baisse du PIB de 6% au cours du trimestre.
Mes 3 conseils aux dirigeants d’entreprise : un, prendre soin - de ses collaborateurs, de ses clients car la distance n’interdit pas la proximité, de ses actionnaires, de ses fournisseurs - deux, gérer rigoureusement les coûts, faute de quoi toute l’entreprise risque d’en pâtir en cas de reprise lente - trois, gérer le cash pour assurer la soudure, rééchelonnement tout ce qui peut l’être et même ce que l’on ne pensait pas pouvoir l’être.
Reprise en V, en U, en W, en L ? Le respect du confinement et la réussite de la phase de déconfinement constituent deux facteurs-clés pour une reprise réussie. Le premier bilan du marché chinois semble témoigner d’une reprise dynamique. La relance keynésienne par les gouvernements est nécessaire, en évitant de nouveaux impôts pour chercher à récupérer trop rapidement les sommes dépensées.
Pour les entreprises, l’enjeu sera de restructurer tout en investissant substantiellement pour répondre aux besoins prioritaires des clients. Ce sont ces entreprises qui bénéficieront de la reprise et qui la nourriront également.
Même si elle a incontestablement apporté des bienfaits, comme la réduction de la pauvreté dans certaines zones du monde, la mondialisation est allée trop loin. Le système économique est victime du règne du procurement (production en flux tendu, tensions sur les fournisseurs et la trésorerie). L’industrie française a presque divisé par deux ses effectifs. La réindustrialisation et le retour du made in France sera une bonne chose, et le secteur de la communication sera là pour relayer et enrichir cette promesse.
La technologie rend aujourd’hui possible le travail et les relations humaines à distance, et de fait contribue à rendre le confinement supportable. Par ailleurs les gouvernements peuvent s’appuyer sur un big data de la population, avec des approches différentes en Chine, à Singapour, en Corée ou en Israël. Enfin, cette période a révélé l’ingéniosité des technologies qui ont permis l’accélération des systèmes de tests automatisés, le suivi à distance des patients, la gestion de procédures à distance. C’est une voie à suivre pour les gouvernements, les régions, les villes.
La communication aura son rôle à jouer pour mobiliser le public, contribuer à écouler les stocks retenus durant le confinement, participer à la vie des médias et donc à la vie démocratique. La publicité apporte de la couleur, de l’optimisme et une certaine forme de retour à la normale dans la vie de la cité.
Le secteur de l’événementiel est indispensable à la société avec un magistère unique : créer de l’émotionnel.
Nous verrons probablement des consommateurs, conscients de ce qu’ils ont vécu, évoluer vers plus de responsabilité, en particulier en matière de gâchis alimentaire.
Je suis sceptique sur la perspective d’un ordre nouveau. Les égoïsmes nationaux, les ambitions reprendront le dessus. Mais j’espère un sursaut de l’Europe en faveur d’une véritable union.
Le nouveau libéralisme, un capitalisme qui intègre l’exigence de solidarité, est notre meilleure perspective.